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Les enfants vont bien, troisième long métrage du très jeune réalisateur Nathan Ambrosioni (né en 1999 !) traite de ce que les institutions policières et judiciaires nomment une disparition volontaire : un jour Jeanne (Camille Cottin), célibataire sans enfants qui travaille dans une compagnie d’assurances, voit arriver sa sœur Suzanne (Juliette Armanet) avec ses deux enfants (elle a perdu son mari quelques temps plus tôt) ; ils s’installent pour la nuit, mais le lendemain matin, Suzanne a disparu, laissant une lettre pour demander à sa sœur de s’occuper des enfants.
Le film s’attache à chroniquer très concrètement ce qui se passe dans ce genre de situation, le refus de la gendarmerie de rechercher la mère parce qu’elle a explicitement décidé de disparaître, les démarches administratives que doit faire Jeanne contrainte et forcée pour prendre en charge les enfants, les inscrire à l’école, demander la tutelle, etc. Les problèmes que Jeanne doit affronter sont à la fois matériels et psychologiques.
Le film raconte toute la dimension traumatique de l’événement, et pour les enfants et pour leur tante, sans en rajouter (pas de crise d’hystérie ni de pétage de plomb…), mais les tentatives, vaines, de Jeanne pour retrouver sa sœur et ses efforts pas toujours couronnés de succès pour répondre aux besoins des enfants. On apprend que Nicole (Monia Chokri), la compagne de Jeanne, a récemment rompu avec elle à cause du refus de celle-ci d’avoir des enfants ; mais Jeanne va l’appeler à l’aide pour s’occuper des enfants, ce que Nicole fera avec beaucoup de gentillesse et de compétence. Peu à peu Jeanne parvient à reprendre les rênes de sa vie, et tenter de comprendre et accepter la disparition de sa sœur.
Le film repose entièrement sur les épaules de Camille Cottin qui joue avec beaucoup de sobriété dans un registre dramatique auquel elle ne nous a pas habitués. Les deux enfants sont parfaitement crédibles, ce qui est plutôt rare dans le cinéma français, surtout l’aîné, un garçon d’une dizaine d’années, qui tente de protéger sa petite sœur âgée de 6 ans. Quelques rôles secondaires mettent de l’humanité dans cette histoire assez sombre : le gentil gendarme (Guillaume Gouix) qui tente d’aider Jeanne, malgré la réserve à laquelle il est contraint officiellement. Nicole, l’ex-compagne, aussi aimable que Camille est austère, qui établit un contact immédiat avec les enfants à travers sa pratique artistique (elle est peintre) ; la juge aux affaires familiales qui aide Jeanne à comprendre la disparition de sa sœur.
On pourrait reprocher au film sa dimension un peu punitive : une femme dont le refus d’avoir des enfants l’amène à rompre avec sa compagne de dix ans, se retrouve à devoir s’occuper des deux enfants de sa sœur. Et le film en rajoute : Nicole, l’ex-compagne, celle qui veut des enfants, accepte avec générosité d’aider Jeanne à s’occuper de ses neveu et nièce, si bien que Jeanne se prend à espérer que leur relation va reprendre. C’est à ce moment que Nicole lui apprend qu’elle a une nouvelle compagne… Au moment où l’histoire commence, Jeanne semble être en hibernation, totalement absorbée par son métier après sa rupture amoureuse. Il faut l’irruption de ce drame familial pour la remettre en mouvement, comme si son refus de la maternité l’avait exclue du monde des vivants, et qu’il faille qu’elle accepte de prendre en charge les deux enfants de sa sœur pour redevenir « humaine ». Je ne peux pas m’empêcher d’y voir une certaine difficulté (sans doute inconsciente) de la part du réalisateur à accepter qu’une femme puisse trouver son équilibre sans s’occuper d’enfants.














