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Je ne suis pas une inconditionnelle des frères Dardenne : j’ai revu récemment Rosetta (1999) que j’ai trouvé d’un misérabilisme insupportable. Par ailleurs je partage les réserves politiques de Mehdi Derfoufi sur un de leurs films récents, Le Jeune Ahmed (2019).
Pour moi, Jeunes mères est plutôt une bonne surprise : cette chronique d’une maison maternelle en Wallonie où l’on suit quatre adolescentes sur le point d’accoucher ou face à leur bébé, trouve un bon équilibre entre la description de situations sociales d’extrême précarité, et l’attention à la capacité d’agir de ces jeunes mères qui tentent de faire face. Contrairement à ce qu’on trouve souvent dans certains films « sociaux » centrés sur un personnage féminin (À plein temps), les difficultés que rencontrent ces jeunes femmes ne s’accompagnent pas forcément d’isolement ou de relations toxiques. Au contraire, le film montre leur capacité d’entraide et l’attention bienveillante dont font preuve les éducatrices de la maison maternelle qui s’occupent d’elles et de leurs bébés. En revanche, les (jeunes) hommes sont le plus souvent absents, défaillants ou violents, sauf dans un cas. Dans nos sociétés « évoluées », la question de la reproduction reste à la charge quasi exclusive des femmes, ce que les institutions semblent cautionner puisque la maison maternelle emploie exclusivement des femmes. Le film met en avant la solidarité, la sororité et la capacité de résilience des jeunes femmes.
Chacune des adolescentes illustre une situation sociale différente qui forme une sorte de catalogue des types de précarité sociale et psychologique qui tendent à se développer avec la précarité économique grandissante que connaissent nos sociétés.
Perla poursuit le père de son enfant, lequel préfère rejoindre ses copains, avec la complicité des parents du jeune homme. Puis elle se tourne vers sa sœur aînée d’une façon si agressive que celle-ci la rejette. Elle est sanctionnée par l’institution pour avoir abandonné son bébé pendant plusieurs jours et doit se soumettre à une mise à l’épreuve d’un mois. Elle reviendra vers sa sœur.
Jessica a été abandonnée à la naissance et sa grossesse fait resurgir le besoin de connaître la raison de cet abandon. Le premier contact avec sa mère biologique (India Hair) est rude : elle est rejetée à nouveau. Elle la suit et la harcèle mais finit par obtenir après son accouchement un vrai contact, grâce au bébé.
Ariane décide de confier le bébé dont elle ne voulait pas à une famille d’accueil pour reprendre le lycée et échapper à la misère, à sa mère alcoolique et à un beau-père violent. Elle doit lutter contre sa mère qui l’a empêché d’avorter et qui fait pression sur elle pour la récupérer avec le bébé.
Julie est en couple avec un jeune homme qui la soutient pour ne pas retomber dans leur addiction à la drogue après une période d’abstinence et la naissance de son bébé. Sortir de la maison maternelle pour aller en formation la terrifie. Après une rechute, elle finira par s’en sortir.
Les performances des quatre jeunes actrices sont remarquables : le film nous donne accès à leur intériorité : pour Jessica, le bébé est un moyen de s’accrocher à son copain qui ne veut plus d’elle, mais elle a du mal à établir un lien avec son enfant. Jessica est tout entière tendue vers le besoin d’établir un contact avec sa mère biologique, pour pouvoir assumer son bébé. L’amour d’Ariane pour sa fille se manifeste par son désir de lui donner un foyer accueillant ; elle fait la connaissance du couple à qui elle demande seulement d’apprendre la musique à sa fille. Julie parvient à surmonter l’agoraphobie liée à son addiction par l’amour que lui manifeste son copain Dylan et les retrouvailles avec l’institutrice qu’elle a choisie comme témoin de son mariage.
On peut trouver que cette description d’expériences de maternité adolescente en situation de précarité sociale n’insiste pas assez sur la misère psychologique et sociale qui accompagne le plus souvent ces situations. Mais le regard empathique des frères Dardenne a le mérite d’éviter le misérabilisme : leur vision est moins noire qu’à l’époque de Rosetta, comme si leur regard sur les jeunes femmes précaires avait changé, comme si la plus grande visibilité de la capacité d’agir des femmes avait atteint leur cinéma !










