pour une critique féministe des productions audiovisuelles

♀ le genre & l’écran ♂


Accueil > Séries > The Umbrella Academy

The Umbrella Academy


>> holyPopCorn / jeudi 30 juillet 2020

50 nuances de masculinités


À l’occasion de la sortie de la saison 2 de The Umbrella Academy, prévue le 31 juillet 2020, je propose de revenir sur la première saison et notamment d’analyser les différents types de masculinités qui y sont présentées. Attention, divulgâchage !

The Umbrella Academy est une série Netflix sortie en février 2019 et tirée de la bande dessinée du même nom. Elle raconte comment Sir Reginald Hargreeves (RH), un riche excentrique, adopte sept des 43 enfants né·es le même jour dans des circonstances étranges. Ils/elles vont s’avérer avoir des pouvoirs surnaturels (force, téléportation, etc.) et RH va les entraîner à devenir des super-héros et héroïnes. Le milliardaire ne leur porte cependant aucune attention en tant qu’être humain.

La série commence, après un prologue sur la naissance des enfants, à la mort de RH. Ses funérailles sont l’occasion pour les cinq enfants restants, entre temps devenu·es adultes, de se retrouver. En effet, l’un d’entre elles/eux (Ben) est mort et un autre (Cinq) a disparu 17 ans auparavant. Ce dernier revient alors du futur dans son corps d’enfant pour annoncer une fin du monde imminente, bien qu’il en ignore la cause. Les épisodes sont entrecoupés de flashbacks qui vont éclairer les choix de chacun·e des personnages ou révéler des points importants de l’intrigue.

Les personnages masculins sont majoritaires dans cette série [1]. Cela va nous permettre d’étudier un large éventail de masculinités ainsi que la façon dont elles sont montrées. Il va notamment être question de masculinités toxiques, c’est-à-dire de certaines normes du comportement masculinen Europe et Amérique du Nord qui sont associées à un impact négatif sur la sociétéet sur les hommes eux-mêmes. Par exemple la violence, l’homophobie ou encore la répression des émotions. Il n’est évidemment pas question de dire que les hommes en général sont toxiques. Mais qu’un certain nombre de comportements que l’on nous apprend le sont, et qu’il est important de les identifier pour s’en défaire.

Je ne traiterai pas ici de la BD. La série véhicule des représentations, indépendamment du fait que celles-ci viennent ou non de la BD.

Le pouvoir que donne le savoir

L’histoire commence donc avec RH adoptant sept enfants. Ou plutôt il les achète, ce qui ne paraît choquer personne. Un rappel que les enfants sont souvent perçu·es et traité·es, ainsi que les animaux, comme des objets dont on peut disposer à sa convenance.

En revanche, puisqu’il ne peut légalement s’acheter une femme, comme il l’a fait avec ses enfants, il s’en construit une. On appréciera le fait qu’un homme construise un robot dans le seul but de ne pas avoir à s’occuper du ménage et des enfants.

De même, puisqu’il ne peut légalement avoir de serviteur à son entière dévotion, il augmente l’intelligence d’un singe qui apparemment lui doit en échange une éternité de servitude. Comme si les dominé·es devaient être éternellement redevables aux dominant·es des soins plus ou moins intéressés qu’ils/elles leur donnent.

RH est montré dans les premiers épisodes de la série comme une caricature de patriarche. Il ne s’intéresse qu’à son travail, n’est pas capable de lever la tête de ses notes pour souhaiter une bonne nuit à ses enfants et ne s’occupe de ces derniers que lorsque cela sert ses desseins, à savoir exploiter leur pouvoir. Il va même jusqu’à leur attribuer des numéros de 1 à 7 plutôt que des prénoms, lesquels leur seront donnés plus tard par leur mère-robot.

Mais, petit à petit, on se rend compte que son travail était nécessaire à la survie de l’humanité, littéralement. On comprend qu’il s’est lui-même ôté la vie en espérant que cela aiderait à sauver le monde. C’est dire à quel point il est altruiste.

On a là affaire à un schéma classique : un personnage masculin a des comportements abusifs avec ses proches (de l’absence de toute marque d’affection à la séquestration en passant par leur mise en danger face à des criminel·les) mais on comprend a posteriori qu’il le faisait pour le bien de l’humanité, ce qui excuse tout. Pourtant, travailler à sauver le monde ne devrait pas l’empêcher d’être un père aimant et d’éviter les maltraitances. En cela, la série excuse et normalise son comportement sans le montrer pour ce qu’il est vraiment : un homme toxique que son entourage aurait dû fuir afin de se protéger.

Il y a cependant une autre logique derrière cette approche du travail : un emploi amène de la reconnaissance sociale, pas le travail domestique ni l’éducation des enfants. RH a donc tout intérêt à investir le premier plutôt que les seconds [2]. En cela, il ne fait que reproduire et justifier une tendance existante dans le monde réel [3] où pourtant le travail des hommes est rarement destiné à sauver le monde, mais plus souvent à faire du profit et à fuir les responsabilités familiales...

Une autre caractéristique du milliardaire est de se considérer comme « sachant » et d’être montré comme tel (il savait apparemment depuis longtemps que la fin du monde approchait). Comme tout bon père de famille, il sait ce dont celle-ci a besoin : s’entraîner, ne pas voyager dans le temps pour Cinq, cacher à Vanya (numéro 7) ses propres pouvoirs… Le fait de se sentir légitime à prendre des décisions pour les autres est profondément lié au système patriarcal et âgiste [4]. Après tout, le patriarche ne sait-il pas mieux que les membres de sa famille ce qui est bon pour elles/eux ? RH s’inscrit en cela dans une longue lignée de figures de patriarches plus ou moins omniscients qui s’avèrent avoir presque toujours raison (Giles de Buffy contre les Vampires, Ned Stark dans Games of Throne, Dumbledore dans Harry Potter, etc.).

Cinq se considère également comme « sachant ». Outre sa capacité à voyager dans l’espace et le temps, il connaît le futur pour y avoir été. Il semble aussi avoir une intelligence supérieure comme nous le montrent ses calculs extrêmement complexes ou la façon dont il fait face à l’organisation d’assassins dont il a été pendant un temps le meilleur agent. Tout comme RH avant lui, ce savoir lui donne apparemment tous les droits : ne jamais s’expliquer, rabaisser celles et ceux qui l’entourent, prendre seul des décisions concernant autrui… Y compris quand cela va à l’encontre de son but : il serait sûrement plus efficace, épaulé par les autres membres de l’académie. C’est un bon exemple de la façon dont la masculinité toxique peut nuire à l’entourage d’un homme mais également à lui-même.

La série est cependant plus ambivalente vis-à-vis de ce personnage : il semble avoir généralement raison et ses tirades humiliantes sont souvent montrées comme drôles. Mais cela le rend aussi parfois antipathique et il finit par demander de l’aide à ses frères et sœurs, montrant ainsi qu’agir seul n’était pas nécessairement la meilleure idée.

Ces personnages masculins aux comportements toxiques sont donc excusés, du moins en partie, en raison de leur savoir.

La violence physique

Masculinité toxique veut souvent dire violences physiques. De ce point de vue, Luther et Diego, respectivement numéro 1 et numéro 2, sont des cas d’école, bien que cela soit montré de façon très différente pour les deux personnages.

Diego est un homme violent dont le comportement et les réactions sont souvent discutables (bien que le personnage évolue par la suite). Il rabaisse sans arrêt les personnes qui l’entourent et qui l’aiment, n’hésite pas à se battre à la moindre contrariété et lance pour un oui ou pour un non les couteaux qu’il porte toujours sur lui, mettant ainsi en danger son entourage.

Lors de l’oraison funèbre pour leur père, la rancœur qu’exprime Diego pousse Luther à l’attaquer. Ce comportement devrait paraître inacceptable et avoir des conséquences. Mais personne ne s’en offusque. On sent tout au plus un peu de réprobation. De même, dans l’épisode 4, Diego provoque Luther jusqu’à ce que celui-ci mette un coup de poing dans un mur. Tout d’abord, rappelons qu’il s’agit déjà là de violence. Le message envoyé est : « Attention à ne pas me contrarier car voilà ce qui pourrait t’arriver. » Pourtant, la série montre la réaction de Luther comme compréhensible. Après tout, Diego fait tout pour le pousser à bout. On a du mal à imaginer la même scène avec un personnage féminin comme Allison (numéro 3) ou un personnage masculin qui n’est pas dans les stéréotypes de virilité comme Klaus (numéro 4).

Les occasions où Luther impose sa volonté par la force ne manquent pas. Après l’enterrement du père, Luther croit que Klaus est en train de voler et l’empêche de partir. Vers la fin de la saison 1, il assomme et enferme Vanya dont les pouvoirs semblent devenir dangereux (elle venait pourtant se rendre) et il retient physiquement Allison qui refuse sa décision. Après que Vanya s’est échappée en faisant exploser toute la maison, il décide à nouveau de recourir à la force pour essayer de l’arrêter, ce qui déclenche la fin du monde.

Si parfois il peut sembler dans son bon droit, cela ne sert qu’à légitimer le fait qu’il impose toujours son point de vue par la force. D’ailleurs, bien que ses choix aient souvent des conséquences catastrophiques, à aucun moment qui que ce soit ne lui demande des comptes. Le reste de l’équipe continue à se tourner vers lui pour prendre des décisions et se soumet sans broncher chaque fois qu’il décide d’utiliser la force. Il est présenté comme un homme bienveillant qui ne fait certes pas toujours les bons choix mais qui essaye d’avoir un comportement altruiste.

Diego sert de repoussoir, il illustre l’idée que la violence n’est mauvaise que lorsqu’elle est utilisée par un « méchant ». Tandis que Luther montre que l’usage de la violence peut être justifiée si on est le « gentil » de l’histoire. Ils sont pourtant les deux faces d’une même pièce et l’un ne peut exister sans l’autre : ils sont tous deux violents mais l’existence du premier permet de rendre acceptable celle du second.

De ce point de vue, Luther me paraît être le personnage le plus toxique de la série, justement parce que c’est un manipulateur qui ne donne pas du tout l’impression de l’être (les autres personnages étant souvent d’accord avec lui). Il est violent mais, contrairement à Diego, sa violence est toujours montrée comme compréhensible, voire légitime. C’est un archétype de « nice guy ». Le résultat est la normalisation de la violence masculine et l’impunité pour les hommes qui en font usage.

D’ailleurs, après qu’Allison ait découvert la véritable apparence de Luther qui, sous son ample manteau, a un corps simiesque, celui-ci refuse de lui parler. Il la repousse assez durement alors qu’il avait une relation privilégiée avec elle. Il ne reviendra jamais vers elle et c’est par un flashback qu’on apprend d’où il tient cette apparence. Le message est clair : un homme ne parle pas. Or comment exprimer ses sentiments et ses émotions autrement que par la violence si on est incapable de les verbaliser ? Dans nos sociétés occidentales les hommes assument toujours une infime partie de la charge émotionnelle

Enfin, les seuls moments où la violence de Diego est montrée comme justifiée est quand il pratique son activité de justicier. Pourtant, à qui s’en prend-il dans ce moment-là ? Aux malfrats qui opèrent « dans la rue ». Il met donc en œuvre une justice de classe, laissant de côté les voyous en col blanc. Tout commela justice dans la vie réelle.

Les hommes bienveillants n’existent pas

Harold Jenkins, alias Leonard Peabody, séduit Vanya au cours des premiers épisodes. Comment fait-il ? Il lui propose de sortir avec elle, sans insister quand elle commence par refuser, lui apporte un soutien inconditionnel, l’écoute, lui dit à quel point il la trouve fantastique. Ce qui fait finalement de lui… un psychopathe assassin. Il n’hésite pas, par exemple, à tuer une femme innocente pour que Vanya obtienne une meilleure place dans son orchestre. Son seul but est d’utiliser le pouvoir de celle-ci, dont il a découvert l’existence par hasard, pour assouvir une vengeance.

Allison répète à plusieurs reprises à Vanya qu’elle ne fait pas confiance à Léonard car elle a vécu assez longtemps pour savoir qu’un homme qui paraît parfait est suspect. Et effectivement, à partir du moment où il ne fait plus aucun doute pour le public que Leonard est un manipulateur, celui-ci commence à être beaucoup moins patient avec Vanya. Il la pousse à utiliser ses pouvoirs et s’énerve à la moindre contrariété, ce qu’il ne faisait jamais avant. Une confirmation qu’un homme ne peut être bienveillant et que, s’il semble l’être, c’est une supercherie.

Ce type de comportement masculin bienveillant est quasi-inexistant dans la série, excepté lorsqu’il s’agit de manipulation. La morale ? Si un homme est gentil, compatissant et vous soutient, c’est probablement un manipulateur.

Des masculinités alternatives

Il existe cependant des masculinités alternatives dans la série. Klaus par exemple est un personnage masculin complexe. Il semble à première vue se désintéresser de tout, à part de la drogue. On comprend par la suite qu’il y a recours parce qu’il n’arrive pas à contrôler son pouvoir qui lui permet de parler aux mort·es. Il montre à de nombreuses reprises qu’il est très attaché aux personnes qui l’entourent. Lorsque Luther apprend que sa mission de quatre ans sur la Lune était inutile et décide de prendre une cuite, Klaus se force à rester sobre pour le protéger puis vient le réveiller le lendemain sans le juger.

Il subvertit aussi régulièrement les normes de genre en portant des vêtements « féminins » (jupe, parapluie rose transparent...) mais sans jamais que cela soit tourné en dérision. C’est un personnage abîmé qui est malgré tout montré comme sympathique. Quant à la drogue, elle a une influence sur ses actions mais elle ne le définit pas. Son histoire d’amour (homosexuelle) contribue à lui donner de la complexité. Après la mort de son amant, il met du temps à faire son deuil, il en parle et cette perte le fait évoluer puisqu’il essaye de se sevrer et d’être plus présent pour les membres de sa famille. Autant de comportements montrant qu’un homme aussi peut être sensible à ce qu’il ressent et aux personnes qui l’entourent.

Le personnage de Diego, bien que très problématique sous certains aspects, est également un des personnages évoluant le plus. Au cours des premiers épisodes, il a des nombreuses interactions avec la détective Eudora Patch, une femme flic noire avec qui il a eu une aventure. La fonction principale de celle-ci est de gérer, avec affection et bienveillance, les ingérences constantes de Diego dans ses enquêtes, bien que cela complique son travail. Elle s’occupe de lui tandis qu’il ne s’occupe que de lui-même, un schéma classique des représentations de genre à l’écran : l’homme-enfant et la femme-mère. Cela permet à Diego de faire ce qu’il veut sans jamais faire face à aucune conséquence. Patch sera d’ailleurs tuée pour faire avancer l’intrigue en donnant une nouvelle motivation à Diego : la venger. Apparemment, pour les scénaristes de cette série, les femmes racisées sont des personnages-fonctions dont on peut se débarrasser quand c’est utile à l’intrigue.

En revanche, son comportement évolue vraiment lorsqu’il décide, dans le dernier épisode, d’épargner Cha-Cha, qui a tué la détective Patch. Il ne s’agit plus d’un enfant qui pense que tout tourne autour de lui mais d’un adulte qui se demande : « Qu’est-ce que la femme qui est morte et que je pleure aurait voulu ? » Cela lui permet de devenir autre chose qu’une machine à tuer et de faire enfin son deuil.

D’autre part, Diego sort à plusieurs reprises de son rôle de « mâle alpha » [5] dur et sans faille pour entamer des conversations personnelles avec d’autres personnages. À la bibliothèque, alors qu’ils sont à la recherche de Cinq, Diego et Luther ont un début de discussion sur les raisons pour lesquelles ils sont restés ou non à l’académie. De même dans l’épisode 6, on sent un vrai lien se forger entre Diego et Klaus alors qu’ils se parlent de leur amour perdu. Ou encore lorsqu’il montre de l’affection pour sa mère-robot dont il semble être le seul à vraiment se préoccuper. Cela montre qu’exprimer ses sentiments permet d’avancer, de nouer des relations…

Autre exemple de masculinité alternative, Hazel, un des assassins envoyé·es à la poursuite de Cinq, est profondément sensible et humain. Il est sensible avec Cha-Cha, sa partenaire ; avec Agnès, une serveuse âgée rencontrée au cours de sa mission ; à la nourriture, à ses conditions de travail, etc. Quand une chose le dérange, par exemple les règles imposées par les « bureaucrates », il l’exprime. Parfois avec colère mais jamais avec violence. Il a avec Cha-Cha une relation de travail mais également de confiance et de respect mutuel.

La façon dont Hazel réagit lorsqu’Agnès lui dit qu’elle est prête à partir avec lui est très touchante : il est ému, au bord des larmes. On a là l’exemple d’un homme qui ressent et exprime ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Cela suggère qu’il aurait respecté sa décision si Agnès avait dit non. Cet homme se soucie assez des autres pour faire passer leur consentement avant ses propres envies (ce qui devrait être la norme). Enfin, quand Agnès lui dit qu’il ne peut quitter Cha-cha sans une explication, il le reconnaît, même si ça ne l’arrange pas.

La série met donc également en scène des hommes non toxiques, que ce soit dans leur capacité à exprimer des émotions, à évoluer ou à prendre en compte les personnes qui les entourent. Ils sont montrés sous un jour positif, donnant la possibilité aux spectateur/rices de les prendre comme modèle.

Blanchité

Un dernier point que je souhaiterais analyser est la façon dont certains personnages blancs sont présentés dans la série. Klaus, suite à un voyage accidentel dans le temps, participe à la guerre du Vietnam, ce qui contribue à lui donner plus de complexité. Mais utiliser une guerre coloniale dans le seul but de développer un personnage blanc est très problématique. D’autant plus qu’on est ici dans le stéréotype d’un « voyage initiatique en Asie » qui vous « change profondément », très prisé des blanc·hes dans la réalité comme dans la fiction (Dr Strange, le Dernier Samouraï).

Il est également le seul à interagir avec Ben (numéro 6) puisque ce dernier est mort. Celui-ci s’exprime très peu. Il est le seul personnage asiatique de la série (en dehors de la violoniste tuée hors champ par Léonard) et il est discret, voire silencieux et, encore une fois, MORT ! Apparemment, il va encore falloir attendre encore pour avoir des représentations décentes de personnages asiatiques.

On se rend compte que Ben n’est là que pour servir à Klaus : il n’est capable d’agir que par l’intermédiaire de celui-ci et quand, dans le dernier épisode, Ben sauve ses frères et sœur, toute l’émotion est focalisée sur Klaus arrivant enfin à maîtriser son pouvoir d’invoquer les morts. On a donc un personnage blanc complexe qui instrumentalise un personnage racisé sans histoire (on ne sait même pas comment il est mort). La blanchité dominante dans toute sa splendeur.

Conclusion

Dans cette série, de nombreuses femmes sont « tuées » (Eudora Patch, Allison qu’on croit morte un temps, the Handler et la mère-robot qui « meurent » même plusieurs fois…) ou subissent des violences (Agnès qui a failli finir dans un bain d’acide, Vanya qui est séquestrée...). Et si on arrêtait de faire subir des violences aux femmes dans nos livres, films et séries ?

The Umbrella Academy est une série tirée d’une BD de super-héros et héroïnes. Il y a donc des combats. Mais il ne s’agit pas de dire que les femmes ne doivent pas se battre. Simplement ne pas subir de violences. Wonder Woman, dans le film éponyme de 2017, se bat et prend des coups, mais elle ne subit pas de violences : elle n’est jamais à la merci de quelqu’un d’autre, en son pouvoir. Quand Cha-Cha et Diego se battent dans le dernier épisode, elle perd. Cela reste cependant un combat d’égal à égal. C’est Diego qui gagne mais elle n’est pas rabaissée ou humiliée (le fait qu’il décide finalement de l’épargner y est pour beaucoup).

D’autres points mériteraient d’être analysés. Par exemple, la relation incestueuse entre Luther et Allison. Ou encore le fait qu’il semble impossible à deux femmes d’être proches, parce qu’elles sont forcément en compétition (la série ne passe pas le test de Bechdel [6]). Ou comment la prise de pilules contre l’anxiété est montrée comme mauvaise puisqu’il s’agit d’un moyen de contrôle (des pouvoirs de Vanya en l’occurrence). Dans le monde réel, de nombreuses personnes qui en auraient besoin n’y ont pas recours à cause de ce genre de stéréotype. Ou encore cette scène magistrale où trois hommes discutent tranquillement de l’avenir d’une femme (Vanya) tandis que celle-ci crie en vain pour se faire entendre et que l’autre femme qui intervient (Allison) est littéralement réduite au silence et privée de tout pouvoir.

The Umbrella Academy est une série très ambivalente concernant les masculinités. Elle montre à la fois des hommes ayant des comportements toxiques (violences physiques et psychiques, détachement émotionnel, refus de prendre en compte le point de vue d’autrui…) et semble les justifier et les banaliser. Mais elle permet aussi à plusieurs de ces personnages d’évoluer et en montre d’autres ayant des comportements humains (expression des émotions, souci des autres…) sous un jour très positif. En revanche, les représentations des personnes racisées sont très problématiques, ainsi que leurs interactions des personnes blanches.
On veut espérer voir un jour des fictions sans complaisance pour les violences masculines, quelles qu’elles soient, où les pères essaieront de sauver le monde tout en s’occupant correctement de leurs enfants, où les hommes bienveillants ne se révèleront plus des psychopathes… De telles représentations pourraient servir de modèles pour une société́ plus juste et plus égalitaire…

>> générique

Remerciements

Je tiens à remercier Aleli Mesina. I wish to thank Aleli Mesina for the discussions we had about this show and all her great ideas. This article wouldn’t be what it is without her. Je tiens également à remercier Blaise Bengiat pour sa relecture et ses remarques toujours pertinentes ! Son expertise militante a été précieuse. Allez voir sa super chaîne YouTube qui parle des corps, du sexe et de plein d’autres trucs : La ChroNique ! Enfin, Geneviève Sellier qui m’a donné l’occasion d’écrire sur ces sujets importants, m’a donné de nombreux conseils et à qui l’on doit l’absence de fautes d’orthographe.

Polémiquons.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution devra être validée !

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Partager



Rechercher




Photos




[16 personnages principaux masculins (RH, Luther, Diego, Klaus, Cinq et Hazel) pour seulement 3 femmes (Allison, Vanya, Cha-Cha). Bien que savoir qui sont les personnages principaux puisse être sujet à débat.

[2Un bon exemple de cela est la cuisine : c’est une tâche majoritairement prise en charge par les femmes au sein du foyer. Pourtant l’écrasante majorité des chef·fes étoilé·es sont des hommes.

[3Les hommes continuent à prendre en charge une partie minoritaire des tâches ménagères et une infime partie de la charge mentale https://emmaclit.com/2017/05/09/repartition-des-taches-hommes-femmes/

[4Âgisme : oppression visant les enfants et les personnes âgées et ayant notamment pour conséquence de normaliser les violences à leur encontre et de leur nier le droit à l’auto-détermination.

[5Traduction de l’anglais « alpha male » : Homme attirant ayant une attitude dominante https://fr.wiktionary.org/wiki/m%C3%A2le_alpha