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Voilà une série française comme on en voit peu : déjantée, féministe, drôle, inclusive… Son autrice, Charlotte Sanson, a déjà écrit une série fantastique diffusée sur Netflix, Les 7 vies de Léa (2022).
Cassidy, pas encore majeure, est placée par sa mère dans un couvent qui fait office de foyer de jeunes filles tenu par des religieuses, après qu’elle l’a surprise à s’exhiber sur une plate-forme de [camgirl] [1] dans des accoutrements pas vraiment catholiques ! Cassidy quitte le mobil home où elle vivait avec ses deux jeunes sœurs pour un internat (totalement fictif) où des adolescentes et de jeunes adultes sont soumises à un règlement strict : pas d’alcool, pas de cigarette, pas de garçon, pas d’internet après 20h et pas de sortie le soir, sous l’œil vigilant de religieuses faussement sévères. Incarnation très réussie d’ado rebelle avec un look punk (yeux charbonneux, cheveux en bataille à moitié décolorés, tenues de bric et de broc), Cassidy s’empresse de transgresser tous les interdits sous l’œil admiratif ou jaloux des autres pensionnaires.
Elle se fait tout de suite des amies : Malika, étudiante aux Beaux-Arts et musulmane voilée qui anime un « chat » où on parle de sexualité et de religion, quand elle ne se déchaîne pas sur des jeux vidéo avec Marie-Cécile, qui cache son espièglerie sous une blondeur d’ingénue. Avec Cassidy, nous rencontrons aussi Sidonie, une novice aussi belle qu’austère, qui a bien du mal à résister au charme vénéneux de la nouvelle pensionnaire… Aussitôt enfermée, Cassidy fait le mur et ramène dans le couvent Gaspard, l’amoureux de Malika, que Cassidy transforme en Juliette pour qu’elle puisse évoluer librement dans le couvent. En échange, il/elle trafique la wifi pour contourner l’interdit nocturne.
Tout ce petit monde fait les 400 coups au nez et à la barbe des religieuses, mais chacune se trouve confrontée à des désirs souvent contradictoires.
La série en effet ne se contente pas à rejouer Zéro de conduite (Jean Vigo, 1933) sur un mode féminin et 2.0. Elle explore en les prenant au sérieux les désirs et les interdits dont ces jeunes filles font l’expérience, souvent pour la première fois (beaucoup sont mineures). Cassidy aime les filles mais n’aime pas les étiquettes, et cherche à donner un sens à sa vie, au-delà de ses rébellions ; Sidonie aime le Christ et sa communauté religieuse mais est fascinée par l’audace de Cassidy ; Gaspard est très troublé par sa métamorphose en fille ; Malika cherche à comprendre comment concilier sa sexualité et sa religion. Enfin elles apprennent à se protéger des agressions masculinistes qui arrivent de l’extérieur via les réseaux sociaux.
Autrement dit, la série, tout en gardant un ton de comédie loufoque, aborde des sujets contemporains tout à fait sérieux et offre un panorama réjouissant de la diversité des identités de genre, de classe, de race et de religion.










