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Cette série norvégienne écrite et jouée par l’actrice et scénariste Henriette Steenstrup est une bonne surprise. D’abord parce qu’elle met en scène une femme dans la cinquantaine, au physique non conforme, dans une fiction d’inspiration autobiographique – selon Wikipedia, Henriette Steenstrup est née à Oslo le 29 septembre 1974. Elle est mariée à l’acteur Fridtjov Såheim de 2006 à 2016 et a deux enfants avec lui puis épouse le politologue Rune Assmann en 2019.
Pernille vit avec ses deux filles adolescentes dont le père, écrivain narcissique, est spécialiste des promesses non tenues à l’égard de ses filles. Elle travaille dans le service public de protection de l’enfance, et vient de perdre sa sœur Ann, victime d’un accident causé par le mari de celle-ci, alcoolisé au volant ; Ann laisse un adolescent dont Pernille va s’occuper, ainsi que de son père, veuf depuis longtemps, qui fait son coming out à 70 ans passés. Enfin elle tombe amoureuse d’un collègue plus jeune, divorcé, père de deux jumeaux, dont la vie amoureuse quelque peu chaotique va compliquer leur relation, mais aussi les hésitations de Pernille, fragilisée par la mauvaise image qu’elle a d’elle-même.
La série, écrite comme une chronique, démarre au lendemain de la mort de la sœur de la protagoniste qui continue à lui laisser des messages sur son téléphone : on comprend que les deux sœurs étaient très proches. Pernille doit gérer son propre deuil et celui de son neveu, mais aussi celui de son beau-frère grièvement blessé dans l’accident dont il est responsable.
Le fil narratif principal est la relation de la mère avec ses deux filles qui considèrent visiblement que leur mère est corvéable à merci… On est partagé entre le rire et l’exaspération en assistant aux passes d’armes entre Pernille et Hanna, l’aînée dont l’arrogance le dispute à l’immaturité. Quant à la cadette, Sigrid, âgée de 12 ans, Pernille doit gérer sa kleptomanie et ses relations orageuses avec ses camarades de classe.
Le portrait de mère que dessine la série est assez éloigné de l’idée qu’on se fait des rapports parentaux dans les pays scandinaves, réputés pour leurs avancées en matière d’égalité des sexes. Ici la mère est traitée par ses filles comme une domestique, à qui elles font constamment la leçon pour ses manquements à ses "devoirs", alors qu’elles sont très complaisantes à l’égard de leur père totalement défaillant.
En contrepoint de cette chronique familiale, les cas sociaux dont Pernille a à s’occuper dans le cadre de son travail, sont des versions noires des mêmes dysfonctionnements : père violent, mère dépressive, adolescent suicidaire, etc. Pernille travaille en binôme avec un collègue plus jeune, Majid, et c’est un autre aspect rafraîchissant de cette série norvégienne : la présence de personnes racisées y est totalement banalisée, même si le racisme de la société n’est pas occulté pour autant.
Un troisième fil narratif met en scène le coming out du père, sa relation amoureuse avec un homme plus jeune et les perturbations que cela provoque dans sa vie, traitées sur un mode le plus souvent souriant. Ce père, médecin à la retraite, est une figure empathique qui ne ménage pas son soutien à sa fille et jouera le rôle de coach sportif pour la cadette de ses petites-filles, fan de foot. Il vient compenser les défaillances et les lâchetés des hommes qui traversent la vie de sa fille.
Même si l’écriture de cette série maintient le plus souvent le ton de la comédie, ce qui en fait un très sympathique divertissement, elle donne une vision des rapports amoureux, conjugaux et parentaux assez inquiétante : dans cette société apparemment égalitaire, la domination masculine et les assignations genrées ont encore de beaux jours…








