pour une critique féministe des productions audiovisuelles

♀ le genre & l’écran ♂


Accueil > Films en salle > Lumière pâle sur les collines

Kei Ishikawa / 2025

Lumière pâle sur les collines


par Geneviève Sellier / lundi 5 janvier 2026

Le destin de femmes japonaises entre l'après-guerre et l'exil

____________________

Adapté du roman éponyme publié en 1982 de l’écrivain anglo-japonais prix Nobel de littérature 2017 Kazuo Ishiguro, Lumière pâle sur les collines du réalisateur japonais Kei Ishikawa, est construit sur le contraste entre l’harmonie calme des plans et des paysages intérieurs et extérieurs et les traumatismes qu’ont vécu les femmes qui sont au cœur du récit. Alternant le passé – l’immédiat après-guerre à Nagasaki – et le présent – les années 80 dans la campagne résidentielle anglaise, le film s’ouvre sur la visite que Niki, jeune aspirante journaliste, fait à sa mère, Etsuko, qui, désormais seule, s’apprête à vendre la jolie maison familiale agrémentée d’un jardin à la japonaise. On comprend peu à peu, par des flash-backs suscités par le récit qu’Etsuko fait à la demande de Niki, qu’elle a jadis été mariée à un Japonais, après avoir échappé à la bombe sur Nagasaki où elle a perdu toute sa famille. Les séquences au passé se focalisent sur sa rencontre, alors qu’elle est enceinte, avec Sachiko, veuve et mère d’une fillette, Mariko, elle aussi traumatisée par la guerre ; Sachiko est stigmatisée parce qu’elle sort avec un soldat américain qui va bientôt l’emmener aux États-Unis. Les errances des deux femmes près de la rivière où Sachiko et sa fille vivent dans une baraque en bois, rythment leurs échanges.

Les scènes du passé d’Etsuko, jeune mariée, sont également focalisées sur la visite de son beau-père, plus affectueux avec elle que son mari. Il a recueilli Etsuko à la suite de la perte de sa famille, avant d’en faire sa belle-fille ; très affecté par les manifestations d’hostilité de son fils, il se révèle porteur de l’idéologie autoritaire du Japon impérial quand il revoit un ancien élève qui a dénoncé dans un article ses méthodes éducatives typiques du Japon d’avant 1945. Etsuko est involontairement témoin de cet affrontement.

Le présent est lourd d’un autre trauma qu’on comprend peu à peu : Keiko, la fille aînée d’Etsuko, celle dont elle est enceinte dans le récit au passé, s’est suicidée récemment, alors qu’elles ont quitté le Japon après qu’Etsuko ait épousé un Anglais, le père de Niki, décédé quelques années plus tôt.

On ne saura pas ce qui s’est passé entre le premier et le second mariage d’Etsuko : sans doute un divorce, suggéré par le comportement banalement machiste du mari japonais, aussi mutique qu’autoritaire. Le roman n’est pas plus explicite. Quant au suicide de Keiko, il semble l’aboutissement tragique d’une impossibilité pour elle de s’adapter à l’exil et à sa nouvelle famille, avec un beau-père anglais qui ne l’a jamais acceptée.

La beauté visuelle trompeuse de la maison japonaise d’Etsuko jeune et de la maison anglaise d’Etsuko trente ans plus tard, cache les multiples traumatismes de ces deux générations de femmes japonaises, celles qui étaient de jeunes adultes pendant la guerre et leurs filles. Du fait de cette dimension visuelle, le film est plus fort que le roman.


générique


Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Partager