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Arnaud Desplechin / 2025

Deux pianos


par Geneviève Sellier / vendredi 14 novembre 2025

Tous les poncifs du cinéma d'auteur, y compris la misogynie

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Deux pianos, le 16e long-métrage d’Arnaud Desplechin, est une sorte de digest de tous les poncifs narratifs du cinéma d’auteur masculin, tel qu’hérité de la Nouvelle Vague : Mathias (François Civil), pianiste surdoué et tourmenté (forcément), qui a disparu huit ans au Japon suite à une rupture amoureuse, revient dans sa ville natale (Lyon) pour y donner un concert, répondant à l’appel de sa professeure (Charlotte Rampling) qui a décidé de mettre fin à sa carrière, sentant venir Alzheimer. Il retrouve par hasard Claude (Nadia Tereszkiewicz), la femme qu’il a aimée (et qu’il aime toujours, bien sûr) ; Quand il la rencontre en sortant d’un ascenseur, il tombe raide évanoui, terrassé par l’émotion, puis il erre dans Lyon comme un zombie pour finir complètement noir. Grâce à son talent, il parvient quand même à assurer le concert à quatre mains avec sa professeure.

Claude tient une galerie d’art, au service de Pierre, son mari peintre, le meilleur ami de Mathias ; elle a un fils de huit ans qui ressemble tellement à Mathias au même âge qu’il croit d’abord voir son fantôme ( !). Le jeune Simon a été élevé par Pierre, avec qui Claude s’est mariée, lequel meurt brutalement et opportunément au même moment, ce qui nous vaut une scène d’hystérie de l’épouse dans l’ambulance, mais laisse le champ libre à la passion de Mathias pour Claude qui recouche avec lui avant de le repousser à nouveau… Il ne reste plus au pianiste qu’à repartir en tournée avec son agent (Hippolyte Girardot), tout entier consacré à son art. On est dans le milieu on ne peut plus distingué de la musique classique et de la bourgeoisie lyonnaise, avec les soirées mondaines et les promenades au bord du Rhône qui vont avec…

Desplechin s’embarrasse peu de vraisemblance : il s’agit de créer de l’empathie avec un génie qui souffre par la faute d’une femme. On ne le voit jamais travailler ; il est entouré de personnes qui sont là pour valider son talent, sa mère (Anne Kessler), sa professeure et son agent, qui sont aux petits soins tout en l’engueulant gentiment parce qu’il se néglige, mais seule la femme aimée le maltraite, lui ayant préféré son ami dix ans plus tôt, proclamant son indifférence à la musique, se moquant de son talent, tout en se livrant avec lui à quelques échanges torrides avant de le repousser.

Ce romantisme de pacotille est ancré dans la misogynie la plus crasse : les femmes sont versatiles, infidèles, lâches, et bien sûr fatales pour les hommes qui ont le malheur de tomber amoureux d’elles.
Pour affirmer son philosémitisme en ces temps troublés, Desplechin affuble Pierre, le mari juif de Claude, d’un goût encyclopédique pour les blagues juives, de préférence égrillardes et misogynes, dont on a deux échantillons, l’une en ouverture du film, sur la demande de sa femme, la seconde lors de son enterrement, racontée par sa femme pour évoquer son souvenir. Pour ma part, j’ai trouvé ce trait parfaitement obscène…


générique


Polémiquons.

  • Bonjour et merci pour cette critique dont la teneur n’est guère surprenante.

    Si vous ne l’avez lue, courez lire la vengeance littéraire de Marianne Denicourt (co-écrite avec Judith Perrignon) : "Mauvais génie". Les deux autrices dressent le portrait grinçant d’un artiste qui vampirise son entourage, artiste non distinct de l’homme minable et toxique.
    Pour autant, ce n’est pas un massacre non plus, ce qui a l’avantage d’éviter d’accorder trop d’importance et de pouvoir à ce fâcheux.
    Ce livre court, à l’écriture alerte, sans longueur ni digression, se lit d’une traite.

    Bien à vous,

    Agnès

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