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Film au budget très modeste (2 millions d’euros), L’Incroyable Femme des neiges nous offre le plaisir de retrouver Blanche Gardin dans le rôle, écrit pour elle, d’une exploratrice des pôles quelque peu déjantée, qui revient dans son village natal du Jura alors qu’elle se sait atteinte d’un cancer des poumons en phase terminale et qu’elle a été larguée par son compagnon qui lui reproche d’être bipolaire. Le film est construit sur le contraste entre les difficultés de Coline Morel à renouer le contact avec son village natal du Jura et ses deux frères dans la première partie, et la sérénité qu’elle trouve dans le village inuit où elle part pour mourir dans la seconde partie. D’un côté une station de ski entourée de forêts, agonisante à cause du réchauffement climatique, de l’autre l’immensité arctique blanche et son soleil qui ne se couche jamais. La première partie penche du côté de la satire, la seconde du côté de la poésie contemplative, et Blanche Gardin est également à l’aise dans les deux registres.
Dans la première partie, sa conférence sur la banquise devant les enfants d’une classe de maternelle est d’un comique irrésistible, que n’apprécie par l’instituteur, son premier amour qui l’a larguée parce qu’elle lui faisait peur, et qui a préféré épouser l’exacte opposée de Coline, une autre copine de classe, sa vieille ennemie, jolie, docile, discrète… Quand Coline fait irruption chez eux pour leur demander de comptes, elle se fait vider manu militari par les gendarmes locaux, autre épisode d’un comique grinçant.
Les deux frères de Coline, Basile (Philippe Katerine) et Lolo (Bastien Bouillon) sont des braves types à la fois fascinés et effrayés par leur sœur, deux figures de masculinité dominée et douce. Basile qui occupe encore la ferme familiale est serveur dans le restaurant au pied des pistes, sans neige et sans client. On les suit d’abord dans leur tentative d’accompagner leur sœur dans une expédition périlleuse jusqu’au chalet où elle va disparaître. Alors que ses frères et tout le village la croient morte, nous la retrouvons en pays inuit, récupérée à moitié gelée sur la banquise par des pécheurs qui la ramènent à la vie ; la vraisemblance n’est pas le souci principal du réalisateur mais plutôt de décrire une rencontre poétique entre des marginaux : d’un côté une femme rebelle en bout de course, de l’autre un peuple au bout de la terre qui cherche à survivre en préservant sa culture. Cela nous vaut quelques gags savoureux qui mettent en valeur l’humour et la gentillesse des autochtones.
Le type féminin qu’incarne Blanche Gardin est à l’opposé des normes sociales : totalement investie dans sa poursuite du « yeti » inuit, dans un mélange inattendu de fantaisie et de rigueur scientifique, elle n’est ni aimable, ni jolie, ni serviable, mais a fait l’effort d’apprendre l’inuit pour s’intégrer à la population du village reculé où elle passe ses dernières semaines, alors qu’elle s’est révélée inassimilable dans son village natal du Jura.
L’Incroyable Femme des neiges est un témoignage poétique et politique sur l’état de notre monde au bout du rouleau et un plaidoyer pour celles et ceux qui ne se résignent pas à rentrer dans le rang.









