pour une critique féministe des productions audiovisuelles

♀ le genre & l’écran ♂


    

Accueil > Films en salle > Je ne suis pas un homme facile

Eléonore Pourriat / 2018

Je ne suis pas un homme facile


>> Geneviève Sellier / mardi 9 juin 2020

Inversion des rôles...

Produit et diffusé par Netflix
Avec Vincent Elbaz, Marie-Sophie Ferdane, Blanche Gardin



Il est remarquable que le premier film français financé et diffusé par Netflix soit une comédie résolument féministe, sur un argument qui n’est pas neuf mais qui est assez joliment développé ici : Damien, un don juan macho et suffisant (Vincent Elbaz), cadre dans la pub, se cogne à un réverbère en matant une femme et tombe dans les pommes : il se réveille dans un monde « inversé » où règne la domination féminine : dans sa boîte de pub, ce sont les hommes qui sont secrétaires et font le café, et son projet d’application « le gourdinomètre » censé permettre aux hommes de mesurer leurs performances sexuelles, que tous ses collègues masculins trouvaient génial, est refusé pour cause de ringardise par la nouvelle directrice qui n’est autre que la seule femme de leur comité de direction qu’ils accablaient de leurs blagues machistes… Désormais, il doit faire ses preuves, et se fera d’ailleurs bientôt virer…

Dans ce monde, les femmes sont habillées de façon fonctionnelle alors que les hommes passent beaucoup de temps à s’occuper de leur apparence pour leur plaire. Damien doit non seulement changer de comportement, mais s’épiler entièrement, car les femmes n’aiment pas les hommes velus « comme des singes ».

Ce sont les femmes qui draguent, et les hommes s’occupent des enfants et des tâches ménagères, comme son meilleur copain qui est en congé parental pour s’occuper du troisième, pendant que sa femme rentre le soir pour regarder sur le canapé avec sa fille des matchs de foot.

Il se fait draguer par une écrivaine - Marie-Sophie Ferdane - (qui était l’assistante d’un écrivain dans le monde d’avant) qui projette secrètement d’écrire son prochain livre pour tourner en ridicule ce « masculiste » (c’est le nom qu’on donne dans cet univers « matriarcal » aux hommes qui veulent dominer). Elle l’embauche comme secrétaire, mais il démissionne de ce boulot qui n’est pas à la mesure de son ego… C’est une don juane qui remplit des bocaux de billes colorées correspondant à chaque nouvelle conquête.

Dans cet univers, les femmes occupent tous les postes de prestige, dont ceux du Collège de France, et une association d’hommes « masculistes », qui s’intitule « Nichons nous », décident d’aller les « féliciter » en mettant une paire de seins postiches (on reconnaît le principe de La Barbe).

Tous les gags ne sont pas irrésistibles mais cette inversion systématique des rôles sociaux genrés et des comportements « masculins » et « féminins » a le mérite de mettre en évidence ce qu’a d’insupportable dans le monde réel l’assignation des femmes à des tâches subalternes, dévalorisées, non payées, et l’aliénation que représentent les injonctions « esthétiques » faites aux femmes et uniquement à elles…

Comme souvent dans ce genre de comédie, la fin est un peu décevante.

Damien et Alexandra qui ont fini par tomber amoureux l’un de l’autre, se disputent sévèrement quand Damien découvre que celle qui a accepté de l’épouser, est déjà mariée et mère d’une adolescente dont elle ne s’occupe pas (retournement là aussi d’un comportement typiquement masculin), ils en viennent aux mains et le coup de boule qu’elle lui inflige les met KO tous les deux.

Quand elle se réveille, elle se retrouve dans « notre » monde, et elle découvre ébahie une manifestation féministe où les femmes réclament ce qui pour elle est acquis depuis longtemps…

L’actrice qui incarne Alexandra (Marie-Sophie Ferdane) est jubilatoire, avec son look androgyne et son comportement masculin ; en revanche, j’ai eu du mal à me laisser séduire, comme la protagoniste, par Vincent Elbaz dont le visage en lame de couteau manque de sensualité. Mais des goûts et des couleurs…

En tout cas, il faut saluer Netflix d’avoir donné la priorité dans son financement de productions françaises à un film féministe écrit et réalisé par une femme… On aimerait bien que la commission d’avance sur recettes adopte ce genre de priorité !!!


>> générique


Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution devra être validée !

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Partager



Rechercher


Photos