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Rebelles : jubilatoire !

Allan Mauduit / 2019
>> Geneviève Sellier  

Publié le samedi 16 mars 2019




Allan Mauduit est un des trois créateurs de la série burlesque Kaboul Kitchen (Canal +, 3 saisons, 2012-2017) qui se passe dans un Afghanistan d’opérette. Il met cette fois-ci son talent comique au service des actrices Cécile de France, Audrey Lamy et Yolande Moreau qui forment un trio d’enfer dans cette comédie policière.

Il déclare : « En Angleterre, en Belgique ou aux États-Unis, la classe ouvrière, ce sont des personnages qu’on embarque dans des comédies dramatiques, dans des comédies romantiques, dans des thrillers, dans des polars, et ce sont des prolos ». Depuis Bienvenue chez les Ch’tis, on sait que le Nord recèle des trésors de drôlerie et de chaleur humaine, mais cette fois-ci les prolos se déclinent au féminin : ça nous change agréablement ! D’autant plus qu’elles savent se défendre… Audrey Lamy et Yolande Moreau nous ont déjà montré leur verve comique (la première dans Tout ce qui brille [Nakache & Mimran, 2010) et plus récemment dans Les Invisibles [Petit, 2018] ; la seconde est devenue depuis deux décennies l’icône de la « France d’en bas »), mais pour Cécile de France, c’est nouveau. Incarnant une reine de beauté cabossée par la vie, elle a déclaré à Match : « J’en avais marre de ne recevoir que des rôles de bobo… » On ne saurait mieux dire, même si l’actrice a fait jusqu’ici un parcours quasi sans faute, avec ses personnages de lesbienne sympathique dans L’Auberge espagnole (Klapisch, 2002) puis dans La Belle Saison (Corsini, 2015), la serveuse au grand cœur de Fauteuils d’orchestre (Thomson, 2006), la mère célibataire de Si j’étais chanteur (Giannoli, 2006), la belle nageuse d’Un secret (Miller, 2007), la coiffeuse maternante du Gamin au vélo (Dardenne, 2011) et la femme trompée de Mademoiselle de Joncquières (Mouret, 2018), pour ne citer que ses films les plus marquants. Mais on pouvait effectivement regretter qu’elle soit toujours si « propre sur elle », si « consensuelle ». Ici, elle a très consciemment sauté le pas : « c’est elles qui sont aux commandes de leur histoire, c’est elles qui prennent leur destin en main, elles veulent pas forcément ressembler aux hommes, elles utilisent leurs armes à elles, leurs armes de femmes, mais aussi des flingues et tout, donc c’est vrai que pour les spectatrices, ça fait du bien ! »

Sandra, ex-Miss Nord-Pas-de-Calais, revient quinze ans plus tard dans le mobile home de sa mère, maquillée comme un camion, avec un gros coquart, sans un sou… et enceinte (mais ça, on l’apprendra plus tard). Obligée d’embaucher dans l’usine de conserves de poissons locale, elle est tout de suite harcelée par le petit chef, mais elle se défend, et ça tourne à la catastrophe… jubilatoire (exceptionnellement, j’évite de spoiler). Ses deux voisines de chaîne, qui sont comme elle de corvée de nettoyage ce soir-là, constatent les dégâts et découvrent avec elle le magot que cachait le sale type.

Commencent les aventures… et les emmerdements ! Ce qui fait la réussite du film, c’est que les trois femmes ne sont ni des as de la cambriole, ni des idiotes, mais elles savent se défendre. Elles prennent des coups mais elles les rendent. Et les solutions qu’elles trouvent pour résoudre leurs problèmes nous font voguer dans le burlesque le plus échevelé. On a même droit à la fin à une scène de « règlement de comptes à OK corral » sur une musique à la Ennio Morricone, où les trois femmes ne sont pas les dernières à tirer…
Elles s’engueulent copieusement, mais elles restent finalement solidaires, face à tous les types qui veulent leur régler leur compte ou leur mettre la main dessus. Le film n’a pas de pudeur mal placée pour décrire les diverses nuisances que provoque la gente masculine : entre le mari et les fils parasites de Nadine (Yolande Moreau) et les brutes passées et présentes que Sandra rencontre sur son chemin (son père mafieux qui la cogne, le flic aussi véreux que joli garçon qui la drague pour mieux l’escroquer), pour ne pas mentionner Marilyn qui élève seule son garçon, on est fixé sur la manière dont s’exerce la domination masculine sur les femmes pauvres.
Ici, pas d’amour romantique ni de réconciliation conjugale, et le film tient jusqu’au bout la corde de la solidarité féminine : jubilatoire !


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