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Ari Aster / 2025

Eddington


par Geneviève Sellier / mercredi 3 septembre 2025

Un niveau de confusion politique rarement atteint

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Présenté au Festival de Cannes avec un accueil critique contrasté, reparti sans récompense, Eddington d’Ari Aster est comme The Brutalist, un « film d’auteur », écrit et réalisé par un réalisateur qui cherche à se singulariser par l’excès, la surenchère et la longueur, laissant les spectateurices KO.

Eddington est une bourgade du Nouveau Mexique où s’affrontent, face au Covid, le shérif Joe Cross (Joachin Phoenix), anti-masques, et le maire, Ted Garcia (Pedro Pascal), soucieux de faire respecter les mesures de prévention, mais également défenseur de l’installation d’un énorme data center dans la ville. Le ton burlesque adopté par le film nous empêche de prendre au sérieux cet affrontement, et crée une distance avec le personnage du shérif qui ne quitte pourtant quasiment jamais l’écran.

Après quelques accrochages avec ses concitoyens, on le retrouve chez lui auprès de son épouse dépressive (Emma Stone), le plus souvent alitée, leur maison étant envahie par la belle-mère (Deirdre O’Connell) obsédée par les complots qu’elle suit et entretient sur les réseaux sociaux. La pauvre Emma Stone est réduite à une zombie, qui passe de l’emprise de sa mère à celle d’un gourou (Austin Butler) - – qu’on voit très peu et dont on comprend mal le rôle sinon dans l’épilogue – avec qui elle va se faire la malle, achevant de faire basculer son mari dans la paranoïa.

La fascination du film pour son anti-héros n’a d’égal que sa misogynie. Le pauvre homme se retrouve seul avec sa belle-mère, qui finira, dans l’épilogue, par en faire sa marionnette.

Entretemps Eddington est le théâtre d’une émeute provoquée par le mouvement Black Lives Matter dont le film nous fait comprendre qu’il est totalement importé par une jeunesse dorée qui cherche à donner un sens à sa vie. Pourtant c’est sur son adjoint afro-américain que la hargne du shérif va s’abattre, après qu’il a assassiné le maire (et son fils) pour se venger de l’humiliation qu’il lui a fait subir. Il maquille son crime, avec l’aide de son adjoint blanc, pour faire accuser l’Afro-Américain. Seul le policier amérindien de la réserve voisine verra clair dans son jeu mais en vain.

La fuite en avant du shérif prend des allures de western dans les paysages désertiques du Nouveau Mexique mais plonge peu à peu dans la plus grande confusion : on voit arriver une milice privée anonyme par avion qui semble émaner du Klu-Klux Klan (on voit une croix en flammes dans la nuit qui tombe) mais qui pourchasse le shérif après avoir attaqué l’Afro-Américain, jusqu’à une séquence insupportable où le shérif s’empare d’armes de guerre pour tirer interminablement sur tout ce qui bouge (ce qui met la patience des spectateurices à rude épreuve). Il sera finalement neutralisé et transformé en zombie à son tour dans un épilogue surréaliste où le data center est inauguré par la belle-mère devenue la porte-parole du shérif paraplégique et de l’Amérindien tout aussi muet.
La provocation finale est un extrait du film de John Ford, Young Mister Lincoln (1939), que la belle-mère montre à son gendre transformé en légume. Ce film quelque peu hagiographique sur la jeunesse du président Lincoln en fait un personnage messianique. Bien malin qui comprend le « message » de cette citation…

Ari Aster n’est pas le seul à pratiquer ce « mépris total de l’humanité dans toutes ses composantes » pour reprendre les termes d’Antoine Guillot sur France Culture. Le cynisme est devenu, depuis Quentin Tarantino et les frères Coen, la marque de fabrique du cinéma « indépendant » états-unien. Mais Eddington pousse le bouchon jusqu’à un niveau de confusion politique rarement atteint. Si c’est tout ce dont sont capables les « esprits éclairés » outre-Atlantique, Trump a encore de beaux jours devant lui !

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