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Audrey Diwan /2019


Mais vous êtes fous : "encore un bon père de famille !"


>> Geneviève sellier

jeudi 2 mai 2019

Lui est dentiste, elle travaille dans l’industrie pharmaceutique, à un niveau modeste, mais avec des horaires lourds. Il est un père exemplaire qui va chercher ses deux filles à l’école et s’occupe d’elles jusqu’à ce que sa femme rentre du boulot… sauf qu’on découvre bientôt qu’il se shoote à la cocaïne et les a contaminées involontairement !

Sa femme apprend avec stupeur, après qu’une de leurs filles a fait un malaise, l’addiction de son mari, qui dure depuis des années. Ils sont arrêtés, on leur enlève leurs filles, et l’avocate fait comprendre à la mère qu’elle a intérêt à se séparer de son mari si elle veut échapper à l’accusation de complicité et récupérer ses filles. En attendant, les filles sont prises en charge par leurs grands-parents maternels, et commence une longue épreuve pour lui comme pour elle.

Mais curieusement, alors qu’on a vu le père complètement accro, jusqu’à se faire des shoot plusieurs fois par jour, du moment où il est séparé de sa famille, il affronte courageusement la désintoxication, sans avoir apparemment besoin d’aide et en continuant à faire son boulot de dentiste comme si de rien n’était (moi, un dentiste en manque, ça me foutrait plutôt la trouille). Un gentil copain l’héberge pendant que son avocate s’efforce, en faisant appel à un expert, de comprendre comment il a pu contaminer sa famille. (On ne savait pas que les avocats en France fonctionnaient comme dans les séries américaines, en faisant leurs propres enquêtes, face à une police qui enquête uniquement à charge (ça on le savait…)

Et donc, non seulement il tient le coup sans ses doses quotidiennes, mais il reste respectueusement à distance de sa femme et de ses filles. C’est finalement elle qui finit par l’emmener à l’hôtel pour faire l’amour, malgré les consignes d’éloignement de l’avocate. Et tout est (presque) bien qui finit bien, puisque l’expert finit par conclure qu’il a contaminé ses filles et sa femme involontairement, en les touchant avec une peau suintant littéralement la drogue… Et comme il s’en occupait très affectueusement, il les touchait beaucoup (sic).

Sauf qu’après la réunion de la famille, sa femme, malgré tout l’amour qu’elle lui porte, ne peut pas s’empêcher de se méfier, puisqu’il lui a menti pendant des années… Elle n’arrive plus à lui faire confiance, et c’est elle qui va mettre fin à leur couple, la mort dans l’âme.

Ce qui est un peu gênant dans cette fable, c’est d’une part que le caractère addictif de l’addiction passe complètement à la trappe, malgré tout ce qu’on sait sur les rechutes après les cures de désintoxication… Et plus gênant encore, un soir où ils se retrouvent à l’hôtel, après l’amour, elle lui demande pourquoi il a commencé à se droguer, et il lui répond qu’il avait peur de n’être pas à la hauteur, tellement elle l’impressionnait… Pour un peu, ça serait de sa faute à elle !

Enfin, dernier détail aussi gênant que récurrent dans le cinéma français : ils n’ont jamais de problèmes d’argent, malgré la drogue (la cocaïne, ça coûte cher), malgré leur arrestation, malgré leur séparation, et la dernière séquence se passe dans une délicieuse « villa » comme Paris en compte quelques-unes (ses rues privatives bordées de petites villas entourées d’arbres), où elle vit avec ses filles, et où il vient désormais les chercher pour le week-end… Encore un film hors sol !

Pio Marmaï est un peu répétitif dans ses mimiques hagardes qui renvoient d’abord à son addiction puis à sa difficulté à réaliser la catastrophe qu’il a provoquée. Céline Salette est un mélange d’amoureuse pathétique et de mère courage, avec une belle intériorité tragique. Mais voici encore un film écrit et réalisé par une femme qui s’apitoie sur la vulnérabilité d’un homme… tout en déplaçant sur le personnage féminin la responsabilité de l’issue malheureuse de l’histoire.


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