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3 Billboards [1]

Martin McDonagh / 2018

>> Geneviève Sellier  

Publié le lundi 22 janvier 2018




Quand j’ai vu la bande annonce du film où Frances McDormand affiche ses rides et sa colère, j’ai foncé ! Enfin une femme à laquelle je vais pouvoir m’identifier !

Quelle déception ! En fait, c’est un film de Martin McDonagh… un copain des frères Coen, des esprits forts dans le genre cynique, qui pratiquent le second degré surplombant et manipulateur. (Je me suis souvenue qu’une des rares fois où je suis sortie de la salle – je suis plutôt bon public –, c’était pour Fargo, quand des mecs se font littéralement transformés en viande hachée…)

Au début on croit qu’il s’agit d’une affaire banalement tragique : la police locale d’un trou perdu du Missouri passe plus de temps à torturer les Noirs qu’à essayer de retrouver le criminel qui a violé et assassiné une adolescente du coin. Sa mère, Muriel Haynes, (Frances McDormand) ne se résigne pas et loue des panneaux publicitaires hors d’usage près de chez elle pour dénoncer l’incurie du chef de la police. Jusque-là rien d’étonnant : les flics locaux sont des racistes avinés et analphabètes, furieux qu’une femme ose les critiquer.

Mais après cette « exposition », changement de cap, nous pénétrons dans l’intimité familiale du chef de la police en question, Bill Willoughby (Woody Harrelson, né en 1961), un brave type qui fait ce qu’il peut pour retrouver le coupable mais souffre d’un cancer du pancréas. Apparemment, on est censé s’apitoyer sur le sort de ce gentil patriarche amoureux des chevaux, qui va bientôt être arraché à l’affection de sa jolie blonde pulpeuse de femme (Samara Weaving, née en 1992 – 31 ans de moins) et leurs deux adorables petites filles. Et en effet, il va bientôt se suicider pour leur épargner son agonie, en laissant des lettres tellement émouvantes aux unes et aux autres !

Comment Muriel Haynes a-t-elle pu s’acharner sur un mec aussi sympa ???

Bien sûr, il a pour assistant Dixon, un retardé mental ivrogne, raciste et violent qui a la mauvaise habitude de torturer les Noirs et de défenestrer les Blancs… mais au fond, c’est un brave type, et Muriel saura finalement reconnaître ses qualités. Torturer les Noirs, est-ce vraiment si grave ?

D’autant plus que Willoughby est bientôt remplacé par Clarke Peters – le magnifique acteur Afro-Américain de Treme et The Wire entre autres qui ici ne fait rien sinon d’autre que servir d’alibi – qui va rétablir un ordre juste en un tour de main. Mais apparemment, Muriel, enfermée dans sa douleur, n’a rien compris : après qu’un individu a mis le feu à ses panneaux (on comprendra après que le coupable est son ex-mari qui l’a quittée pour une bimbo de 19 ans), elle va incendier le poste de police où le pauvre flic retardé, qui a été viré entretemps par le nouveau chef de police (apparemment, il n’est pas poursuivi pour avoir défenestré le responsable de l’agence de publicité), s’est introduit clandestinement pour récupérer la lettre testamentaire de son ancien chef. Il sera gravement brûlé.

Comme le nouveau chef noir est un brave type, il se laisse convaincre que Muriel n’est pour rien dans l’incendie du poste de police !

Le sommet de la saloperie misogyne est atteint avec le flashback quand on comprend qu’en fait c’est elle qui est responsable de la mort de sa fille, puisqu’elle a refusé de lui prêter la voiture un soir où elle s’était engueulée avec elle…

Je passe sur les multiples retournements et invraisemblances de cet acabit : la liste est trop longue… ils ont pour but de nous faire comprendre que Muriel s’est trompée de cible, que sa colère est totalement contre-productive, et que les flics blancs apparemment sexistes et racistes qui font la loi dans l’Amérique profonde, sont en fait de braves types ! Comme Trump ! Heureusement qu’une justice immanente fait entendre raison à cette vieille bonne femme acariâtre…

grr générique


9 commentaires

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  • Vous n’avez absolument rien compris à ce film, c’est dommage. Mildred (et non pas Muriel) est issue d’une communauté d’hommes et de femmes dont la principale expression est la violence, la recherche constante de boucs émissaires. Le scénario n’en fait pas une mère courage ou une sainte au-dessus de la mêlée. Elle suit la loi du talion dans ses réactions, comme tout le monde. Elle est le produit de ce milieu-là. Elle est donc dans l’erreur aussi. Par le rapprochement avec Dixon, par la progressive réconciliation des gens (quelles que soient leurs différences), l’idée est de sortir de cet état de vengeance et de commencer à réfléchir à d’autres voies - dans la voiture, ils se demandent si c’est une bonne idée d’aller faire la peau au type. On part d’une société divisée, dégradée, raciste et on rêve d’une réconciliation, d’une harmonie sans doute impossible à atteindre.
    En quoi représenter une femme qui peut se tromper est-il misogyne ? Elle n’est pas toujours sympathique mais la rejette-t-on pour autant ? Non, on s’attache au personnage et ce n’est pas son attitude vis-à-vis de Willoughby qui y change quoi que ce soit.
    Quant à Dixon, vous ne supportez pas que ce connard puisse apparaître sympathique in fine. c’est peut-être tout simplement parce qu’il change et qu’il a le droit à sa rédemption aussi (c’est très américain, non ?).
    "Saloperie misogyne" : pourquoi pas apologie du racisme pendant que vous y êtes ? Il y a une différence entre se reprocher la mort de son enfant et en être directement responsable. Le film n’est pas une démonstration de cette culpabilité-là
    Laissez Trump où il est svp, Three billboards n’est pas un hymne à l’Amérique blanche, bien au contraire. Les gens qui sont décrits sont à la fois de "braves" gens modestes mais aussi des brutes dans l’erreur.

  • Je suis bien d’accord avec le premier commentaire de la personne du 26 janvier. Le film est d’une grande drôlerie et très réussi à tout point de vue. C’est un western contemporain et pour le coup je trouve que le personnage féminin est réjouissant, non seulement elle évolue tout le long du film, et elle n’échappe pas non plus à ses propres fausses croyances, croire que c’est le flic qui a brûlé ses 3 panneaux alors que c’est son ex mari violent ! elle s’est trompée et c’est humain !, nous aussi, public on pense à Dixon ou à un de ses sbires.
    Il y a des scènes vraiment incroyablement maîtrisées dont les dialogues sont dignes des vieux films de Michel Audiard. Lorsqu’elle Mildred va voir son ex mari au restaurant, qui lui est accompagné de sa jeune fiancée complètement candide et en même temps, elle désamorce complètement la violence contenue de Mildred (plan serré sur la bouteille à la main, tension en perspective !). Mildred fini par demander à son ex de ne pas toucher cette gosse qui paraît presque enfantine lorsqu’elle évoque une lecture dont elle ne sais pas très bien de quoi ça parle (un 2ème degré réjouissant ! ) Mildred a compris où est le danger, c’est son ex ! une brute comme un peu tout le monde ! (il est même ridiculisé et caricaturé à l’écran en sortant avec une gosse qui doit avoir le même âge que sa fille en confortant sa position de mâle dominant !) tout est dans la mise en scène tirée au couteau !
    L’autre scène incroyable et rare au cinéma, c’est la scène ou Mildred fait la leçon au prêtre qui s’est permis de rentrer dans sa cuisine pour lui expliquer la vie ! vous savez le mansplaining (quand un homme explique à une femme d’un ton condescendant, sur un sujet qui la concerne elle, qu’elle a tort de penser ce qu’elle pense, une séquence inoubliable, j’en ai retenu mon souffle et dans la salle, on a tou.te.s réagi de plaisir ! un peu comme dans la dernière scène de "Boulevard de la mort" de Tarentino ou le gars se fait rosser par ces femmes qui le poursuivent en voiture et le coincent !. Dixon est un con mais il change et ça fait plaisir de voir aussi ce personnage évoluer, par exemple, dans la scène de l’hôpital lorsque il croise sa victime un jeune homme (plus intelligent) lui offre un jus d’orange sans esprit vengeresse ! c’est très bon ! rien n’est prévisible ! même la réplique de la femme de Bill Willoughby qui pourrait se contenter de jouer la belle et jeune femme d’un grand shérif honnête et droit, se félicite (très bourrée) sur l’oreiller d’avoir aussi bien baiser dans la nature avec son shérif de mari ! puis le jeu des acteurs est remarquable tout comme le scénario et les dialogues. Non vraiment si il y a un film qui ne tombe pas dans la caricature de genre, c’est bien celui-ci et je le recommande, pour une fois qu’un film hollywoodien s’en sort plutôt super bien ! encourageons-le !

  • "Le sommet de la saloperie misogyne est atteint avec le flashback quand on comprend qu’en fait c’est elle qui est responsable de la mort de sa fille, puisqu’elle a refusé de lui prêter la voiture un soir où elle s’était engueulée avec elle…"

    Ainsi donc, pour vous, une mère qui refuse un soir de prêter sa voiture à sa fille qui veut sortir (parce qu’elle a elle-même a prévu de longue date une virée avec une copine, lui précise-t-elle d’ailleurs) est "responsable" du viol et du meurtre de ladite jeune fille intervenu quelques heures plus tard...

    Intéressant.

    Personnellement j’aurais plutôt, comme la mère tout au long du film, tendance à incriminer le meurtrier.
    Ce qui n’exclut pas que Mildred revive douloureusement en pensée - parce que ce fut la dernière - cette engueulade somme toute très banale s’agissant de rapports parent/grand enfant.

    Vous seule condamnez ici Mildred Madame, alors ne faites pas dire au réalisateur, au personnage central, et à tous les autres, ce qu’aucun d’entre eux ne dit. ni ne suggère. Il arrive que vos lecteurs aient aussi vu le film et aient une vision du monde un peu moins grotesquement binaire - les bons d’un côté, les méchants de l’autre - que celle dont vous témoignez .

  • J’ajoute mon grain de sel au débat fascinant que ce film qui est lui aussi fascinant, et tout à la fois frustrant, violent et jubilatoire, provoque. On en ressort lessivée mais on a envie d’en parler. Si je suis d’accord sur le fait que le film ’blanchit’ (sans jeu de mots) Dixon un peu vite et s’intéresse peu aux questions raciales pourtant incontournables dans le Sud des Etats-Unis, plusieurs éléments compliquent la lecture du film d’un point de vue gender.
    1. La performance extraordinaire (même si on en a l’habitude) de Frances McDormand qui domine le film du début à la fin et provoque autant l’admiration pour l’actrice que la compassion pour le personnage. Le flash-back sur la conversation avec sa fille met temporairement - et délibérément – mal à l’aise, mais ne la rend pas coupable. Il me semble que le propos du film, en pointant le langage grossier de la mère comme de la fille, est plutôt de signaler un milieu social.
    2. Oui, c’est vrai, la lettre de Willoughby qui absout Mildred de son suicide, n’est pas connue des autres personnages, mais elle est connue du spectateur.
    3. La fin doublement ambiguë. La conversation dans la voiture suggère que Dixon et Mildred ne vont peut-être pas tuer le violeur présumé, car tous deux ont compris que plus de violence n’arrangerait pas les choses. Plus intéressante est l’ambiguité sur le violeur présumé. Sa visite menaçante à Mildred suggère qu’il est soit un des auteurs du viol soit un complice. Pourtant le nouveau chef Afro-américain de la police, Abercrombie (l’excellent Clarke Peters, sous employé, d’accord), l’exonère, car son ADN se correspond pas, mais en ajoutant que c’est un soldat qui se trouvait au combat dans un lointain pays ’sablonneux’. Abercrombie couvre-t-il le soldat ? On peut le penser, car il insiste (deux fois) sur le fait que la hiérarchie du soldat confirme sa version. Car si cet homme n’est pas impliqué, pourquoi serait-il venu narguer Mildred ? Et là on se souvient du discours de Mildred au prêtre sur la culpabilité de ceux qui savent mais ne font rien. Pour moi le film par cette double fin suggère la rédemption de Dixon et Mildred sur un plan individuel, mais aussi la nature institutionnelle de la culture du viol.

  • "Pour moi le film par cette double fin suggère la rédemption de Dixon et Mildred sur un plan individuel, mais aussi la nature institutionnelle de la culture du viol."

    Quel bonheur de rentrer dans une vraie réflexion sur le film. Et j’aime beaucoup votre "suggère" qui n’enferme pas le spectateur.
    Je crois qu’à rédemption s’agissant de Mildred j’ajouterais le terme de soulagement, parce que son désir de vengeance lui bouffe la vie et elle le sait (ses chaussons en témoignent).

  • La femme de Willoughby est jouée par Abbie Cornish, née en 1982. 10 ans de plus, mais un écart d’âge toujours important !

  • I’m frankly astounded by the enthusiastic defense of this badly written, overacted and racist film. Its combination of unendurable sentimentality (the deer scene ? the collection of lovable outcasts including a midget ?) and gross vulgarity are not the least of its deficiencies—they are just the hardest to sit through.

    For those who expect a believable plot we are confronted with Dixon not being arrested for throwing someone out of a window ; Mildred not being arrested for burning down the police department ; and Willoughby, who is a "good" but nevertheless cliché redneck, being somehow married to an unbelievably posh British woman (no matter how old she is) complete with a BBC accent !

    But most offensive, to my mind, is the arrival of the "magic Negro" in the form of the new chief destined to restore order for the white folk. Like the other characters of color in the film, he is there purely for "local color," deprived of any subjectivity. And since a hard-core racist and torturer of black people like Dixon is redeemed by the movie in the end, we can measure how serious a depiction of race relations this film aspires to convey. By using race as "local color" it trivializes any possible entry into the question. Racism is just used as a theme and then discarded when needed.

    Finally, this adoration of F. McDormand is hard to believe ! Like just about everyone else in the movie, she was overacting, abominably. But maybe what could she and the other actors do with such badly written lines ?

  • traduction du commentaire de Kristin Ross
    Je suis franchement étonnée par la défense enthousiaste dont ce film mal écrit, surjoué et raciste est l’objet. La combinaison d’une sentimentalité insupportable (la scène de la biche ? la collection de marginaux touchants, y compris un nain ?) et d’une vulgarité grossière ne n’est pas le moindre de ses défauts - elle est seulement la plus difficile à supporter.
    Ceux qui attendent une intrigue vraisemblable, sont confrontés au personnage de Dixon qui n’est pas arrêté pour avoir balancé quelqu’un à travers une fenêtre ; à Mildred qui n’est pas arrêtée pour avoir mis le feu au poste de police ; et à Willoughby, un redneck " bien " mais stéréotypé, marié avec une incroyable femme d’un chic britannique (peu importe son âge) qui parle avec un accent BBC !
    Mais le plus choquant, pour moi, est l’arrivée du " Nègre magique " sous la forme du nouveau chef de police qui a pour mission de restaurer l’ordre pour les Blancs. Comme les autres personnages de couleur dans le film, il est ici purement pour la " couleur locale ", et dépourvu de toute subjectivité. Et dans la mesure où un raciste pur et dur qui torture les Noirs comme Dixon est racheté par le film à la fin, nous pouvons mesurer le sérieux de la description des relations de race que le film aspire à nous faire partager. En utilisant la race comme une " couleur locale ", il banalise toute possibilité de traiter cette question. Le racisme est juste utilisé comme un thème qu’on évacue dès qu’on en n’a plus besoin.
    Enfin, l’adoration pour Frances McDormand est difficile à comprendre ! Comme presque tous les personnages dans le film, elle surjoue abominablement. Mais peut-être était-ce la seule chose qu’elle et les autres acteurs pouvaient faire avec des dialogues aussi mal écrits ?