pour une critique féministe des productions audiovisuelles

♀ le genre & l’écran ♂


Accueil > Films en salle > Les Apparences

Marc Fitoussi / 2020

Les Apparences


>> Geneviève Sellier / dimanche 11 octobre 2020

Sauvé par Karine Viard


Enième version du trio mari/épouse/maîtresse, sur un registre de thriller, dont apparemment le cinéma ne se lasse pas… Pas sûr qu’il en soit de même pour les spectateurs et surtout pour les spectatrices !

Karine Viard dans le rôle principal de l’épouse, Eve (sic), fait face à Laetitia Dosch (vingt-cinq ans de moins) dans le rôle de la maîtresse, Tina, et Benjamin Biolay incarne, avec une nonchalance proche de l’encéphalogramme plat, l’objet du désir, Henri Monlibert. Les deux femmes vont se conduire, chacune à leur tour, comme (ce qu’il est convenu d’appeler) des « salopes » mais aucune des deux ne l’emportera au paradis…

Pour donner du cachet à l’intrigue, elle se passe dans les beaux quartiers de Vienne (Autriche) où le couple, parents d’un jeune garçon adopté au Guatemala, est expatrié parce que lui dirige l’Orchestre de l’Opéra (excusez du peu !) pendant qu’elle s’occupe bénévolement de la bibliothèque de l’Institut français.

La vie sociale du couple se résume à des sorties et dîners entre ami·es français·es du même milieu, les épouses le plus souvent sans travail salarié, passant leur temps entre le coiffeur, les boutiques et les cafés chics, à potiner sur les heurs et malheurs des unes et des autres.

Karine Viard raconte qu’elle a suggéré à Marc Fitoussi de donner à son personnage des origines très modestes qui justifieront qu’elle s’accroche à son statut à tout prix. En effet, le film s’ouvre sur la visite de la mère d’Eve dont elle a visiblement honte et qu’elle est soulagée de raccompagner au train. Cette différence sociale est la (seule) bonne idée du film, qui donne au personnage d’Eve un peu d’épaisseur humaine.

Les péripéties dérisoires de ces vies d’expatrié·es de luxe sont décrites sur un mode satirique qui fait penser à du sous-Chabrol, jusqu’au moment où éclate le au drame. Il faut reconnaître que le scénario réserve des surprises. Si la situation de l’épouse légitime découvrant que son mari la trompe avec une femme plus jeune, institutrice, est éculée, la façon dont l’épouse se venge de la maîtresse est plus actuelle : elle s’introduit dans la boite email de sa rivale pour diffuser aux parents d’élève un des messages enflammés qu’elle envoie à son amant (lequel n’est pas nommé) ; s’ensuit un scandale au lycée que l’institutrice parviendra très habilement à étouffer ; mais l’épouse continue son enquête et trouve un secret bien plus embarrassant qui contraindra l’institutrice à démissionner.

Alors qu’Eve croit avoir récupéré son mari, elle est rattrapée par la rencontre fortuite qu’elle a faite dans un bar avec un jeune Viennois francophile, Jonas, le soir où elle a découvert l’infidélité de son mari. Par un concours de circonstances un peu tiré par les cheveux, l’institutrice, ayant compris que c’est Eve qui l’a « dénoncée », trouve là le moyen de se venger : elle a récupéré une photo d’Eve et Jonas en train de s’embrasser. L’intrigue passe alors à la vitesse supérieure et aboutit à un crime en bonne et due forme, suivi d’une enquête policière qui tournera mal pour Eve et Henri...

L’épilogue dépasse en cruauté le reste de l’histoire. Et c’est le mari qui punit finalement l’épouse jalouse : en bonne logique patriarcale, il l’accuse d’avoir accepté ses infidélités et de ne pas l’avoir quitté alors que leur couple n’était plus qu’apparences...

Le film est sauvé par l’habileté des rebondissements, et par la performance de Karine Viard, dont le personnage est pathétique dans sa défense forcenée, derrière ses sourires, de son mode de vie qu’elle confond avec son couple.

Elle est une parfaite incarnation de l’épouse vitrine, aliénée à la préservation de son statut. Mais Marc Fitoussi ne parvient pas vraiment à donner à ce type humain quelque peu désuet, l’épaisseur humaine qui le sauverait. La scène de fin, une promenade solitaire en calèche, est peu cohérente avec le personnage. Et le mari, réduit à l’apparence boudeuse et chic du visage de Benjamin Biolay couronné d’une chevelure grisonnante aussi drue qu’abondante, évoque bien mal son prestigieux modèle, Herbert von Karajan, qui déployait une autre énergie pour séduire son public et les femmes… Faut-il voir dans son allure d’ectoplasme la satire d’un patriarcat réduit à une pure apparence ? ou une ultime accusation portée contre les femmes pour leur capacité à s’attacher à des zombies du moment qu’ils sont porteurs de pouvoir social ?


>> générique



Polémiquons.

  • Pascale Arbillot joue très bien la grande bourgeoise faussement bienveillante dans ce film. Totalement crédible alors qu’elle a joué d’autres types de rôles dans sa carrière. Elle m’a impressionnée. Personne ne parle de sa performance parce qu’il s’agit d’un second rôle (d’ailleurs tous les seconds rôles sont bien incarnés) alors que j’ai lu beaucoup de commentaire admiratifs dans la presse sur le jeu pourtant atone de Benjamin Biolay (visiblement, il a la carte), c’est pourquoi je tiens à lui rendre hommage.
    J’aime bien Biolay, j’aime bien la nonchalance, mais là, je pense que n’importe quel comédien au chômage aurait fait mieux que lui. Dans le genre nonchalant / désabusé mais quand même expressif, ma référence reste Bill Murray. Ca fait vraiment bizarre de voir Biolay face à Viard, qui a un jeu beaucoup plus expressif et nuancé. Elle a dû avoir l’impression de jouer face à un bout de bois.
    Je trouve, en effet, que d’avoir donné des origines sociales modestes et mal assumées au personnage de K. Viard donne du relief au film (d’où les références à Annie Ernaux dans les scènes de médiathèque). Les photos de la soirée bourgeoise prises au smartphone étaient aussi une bonne idée (petit moment humoristique).

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution devra être validée !

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.