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Cherchez la femme

Le film le plus raciste et islamophobe de tous les temps

>> Geneviève Sellier  

Publié le dimanche 2 juillet 2017



Après avoir vu Cherchez la femme, je ne peux que reprendre à mon compte l’avis du « Réseau Classe/Genre/Race » posté le 10 mai dernier sur leur site :

Le film le plus raciste et islamophobe de tous les temps va bientôt sortir. C’est un film français. Il s’agit de "Cherchez la femme", prévu pour juin.

Le teaser : ça se passe en banlieue. Une Arabe sort avec un Blanc. Elle l’aime. Mais son frère revient du Yémen. Il s’y est radicalisé. Dorénavant il a une barbe et il prie. Il surprend sa sœur et le Blanc ensemble, frappe le Blanc et interdit à sa sœur de le revoir. Le Blanc a l’idée de se cacher sous un voile intégral pour rendre visite à la sœur. A cette occasion, le frère va tomber amoureux du Blanc caché sous le voile, qu’il pense être la femme de sa vie. Humour.

Plusieurs choses :
- On croyait avoir vu le pire, mais à côté de ce vomi, ça va paraitre du miel.
- Le cinéma français ne nous lâchera jamais avec le coup du sauveur blanc qui nous libère du frère arabe. Jamais.
- Le cinéma français continue à se faire des films sur ce qui se cache sous le voile des Musulmanes (en vrai c’est des braqueuses, en vrai c’est des prostituées, en vrai c’est des hommes, etc.), mobilisant là encore l’imaginaire colonial et orientaliste associé aux femmes arabes.
- La réalisatrice du film est une femme non-blanche. Le cinéma français confirme sa tendance récente à faire fabriquer ses déchets racistes par des femmes non-blanches, c’est d’autant plus inattaquable quand c’est-une-des-leurs-qui-le-dit...
- La représentation de l’Islam et des hommes arabo-musulmans dans le cinéma français, c’est devenu open bar, tu veux leur cracher dessus ? Vas-y je te fais un chèque
- À ce propos, « Cherchez la femme » a bien évidemment été soutenu par les pouvoirs publics, par exemple par le Conseil régional Ile de France à hauteur de 320 000 euros s’il-vous-plait.
- Ce film sera sûrement valorisé au titre de "la diversité au cinéma", c’est à dire qu’on te crache dessus, et en plus faut dire merci le cinéma français de mettre plus de Noir-es et d’Arabes à l’écran.

La révolution antiraciste ne viendra pas du cinéma français. Il participe à plein et plus que jamais à la reproduction des représentations coloniales. C’est un espace politique blanc et bourgeois tellement verrouillé qu’il n’y a rien à en attendre.

Plus nous existerons politiquement, et plus il nous sera possible de produire nous-mêmes des récits qui ne soient pas racistes, du moins d’imposer que les récits qui prétendent nous raconter ne le soient pas.

Plus nous existerons politiquement, plus il nous sera possible d’imposer dans le débat public que le "sauveur blanc" est une douille coloniale, et d’y affirmer que notre libération passe par la mise hors d’état de nuire du système raciste, qu’incarne notamment cette vieille figure du « sauveur blanc ».
Organisons-nous, politiquement.

Réseau Classe/Genre/Race


13 commentaires

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  • C’est tout de même un peu dommage de reprendre tel quel ce texte, dans la mesure où il l’air de se baser uniquement sur le visionnage de la bande annonce. Disons que peut-être que les auteurs de ce texte ont vu le film en entier, mais rien ne le laisse penser. Et une analyse de bande annonce, je trouve ça tout de même un peu limite comme méthode !

    Ne pourriez-vous pas développer un peu ?

    • En fait, ce texte ne mentionne que la bande annonce mais les arguments utilisés montrent que le film a été vu en entier. c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de reprendre ce texte plutôt que d’en écrire un moi-même, y compris parce qu’il est tellement médiocre et grossier dans sa facture qu’il ne mérite pas plus...

  • J’avais lu une interview de Félix Moati et il m’était presque venu à l’idée de laisser une chance à ce film. Mais là, j’avoue vous m’avez refroidi !
    Super article en tout cas, les points énumérés sont de toute façon récurrents dans les films présentant les racisés et de surcroît les musulmans..

    http://www.lesinrocks.com/2017/06/25/cinema/felix-moati-porter-une-burqa-ma-permis-de-ressentir-lanimosite-des-gens-11959034/

  • Moi j’ai pas vu ce film, mais j’ai vu "Chez nous", de Lucas Bellevaux, un blanc bourgeois qui fait des trucs bien. Et aussi "Get out", carrément vachement bien sur le sujet, mais bon, pas très french..

  • Ils sont où au juste les arguments dans cette critique ?

  • On touche ici un paradoxe de la critique engagée... Faut-il consacrer son temps à voir du mauvais cinéma pour en faire la critique, à titre prophylactique... Au risque d’aggraver l’impact de machins propagandistes qui devraient couler d’eux mêmes dans l’insignifiance...
    Pourtant les points relevés par le réseau classe/genre/race/ sont de toute façon pertinents, car ils ne visent pas seulement ce navet, mais une certaine démarche de production.
    Il faut aussi prendre en compte qu’une bande annonce a un impact beaucoup plus large que le film annoncé lui-même. Elle touche pratiquement tout le public des salles de cinéma par un message répétitif pendant plusieurs semaines.. Même si le film est en lui-même moins grossier, le message le plus pénétrant est celui de la bande-annonce. C’est, je crois, une force de "le genre et l’écran" que de coupler la critique des films eux-mêmes, avec toute la rigueur filmologique, avec l’analyse de la paracinématographie : bandes-annonces, affiches, festivals, critique, distribution, promotion radiophonique et télévisée...

  • J’attends avec impatience les "On avait pas autant ri depuis -Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu-" qui ne devraient pas tarder à fleurir, avec tout le blabla genre "c’est un ode au vivre-ensemble"
    Parce que le vivre ensemble, c’est de ressembler au maximum à un mec blanc bourgeois, athée ou chrétien.

  • Il doit être permis de rire de tous les intégrismes que ça vous dérange ou non... c’est vous qui faites l’amalgame entre musulmans et femmes voilée, burqa et compagnie. Pendant ce temps là, en Tunisie et ailleurs, la burqa a été interdite, interdit de la fabriquer et de la porter. Quand à Felix Moati, gentil bobo au demeurant, qu’il aille se balader en drag queen dans le 9-3 qu’on se marre...

  • Bonjour,

    Pour avoir vu le film, et ce malgré le "dégout" que m’inspirait la bande annonce, je ne partage pas du tout votre avis. Je ne vois pas où se trouve l’islamophobie et le racisme dans ce film. Il prend le parti de traiter d’un sujet délicat (le fondamentalisme), avec légèreté et humour. Dans la liste que vous dressez contre le film, il n’y a qu’un seul argument à charge tiré de cette histoire : le fait que ce soit un sauveur "blanc". L’argument peut convaincre, même s’il s’agit d’un enfant iranien, car ses parents ont fui la dictature de Khomeiny. Concernant les autres points de votre liste, vous partez du postulat que ce film est raciste et islamophobe, au lieu de démontrer en quoi il l’est.
    Je suis allé voir ce film, en espérant confirmer mes sentiments de film "raciste" pour satisfaire mon appétence à la critique des comédies françaises dans le genre ; Je n’y ai vu (malheureusement) qu’un film drôle, simple, sans discours moralisateur ni préjugés xenophobes.

  • J’aime bien ce que dis Olivier, je trouve ça très juste.
    Il n’y a plus besoin de qualités, d’avoir des supers pouvoirs pour faire un héros. Il suffit d’etre blanc. Blanc c’est le graal. Il est beau, il est intelligent, il aime son prochain.....etc. C’est quoi les qualités du héros pour le role. Blanc. Lol.