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« Megalopolis » et le mythe du génie incompris


par Manouk Borzakian / dimanche 20 octobre 2024

Dans « Megalopolis », péplum futuriste, Francis Ford Coppola dépeint une Amérique décadente. Loin de la posture hors-système de son réalisateur, le film souffre de bien des travers de l’époque qu’il prétend dénoncer. Et n’a pas grand-chose à lui opposer, entre nostalgie réactionnaire et utopie creuse.

Sur le site Géographies en Mouvement, Manouk Borzakian publie un bel article sur le dernier film de Coppola, relevant les similitudes entre "auteurs" de film, d’architecture ou d’urbanisme, chacun prétendant laisser son nom et son œuvre dans l’histoire, oublieux qu’une œuvre soit une production collective, s’adressant à une critique élitiste méprisant le vulgus. L’article se réfère avec pertinence au dernier livre de Geneviève Sellier.

Les péripéties du tournage d’Apocalypse Now avaient déjà consacré Coppola en « auteur » ambitieux, visionnaire et d’une volonté à l’épreuve des pires vicissitudes. L’autoportrait du cinéaste en architecte-urbaniste vient enfoncer le clou, mais ne manque pas d’ironie involontaire. [… ] Sans oublier d’innombrables exécutants, dont on aimerait rappeler à Coppola que la construction d’un gratte-ciel, comme la réalisation d’un film, ne peut pas se passer.

L’article sur Géographies en mouvement


Manouk Borzakian est docteur en géographie et enseignant dans le secondaire en Suisse. Après une thèse sur la dimension spatiale des pratiques ludiques en France, ses recherches portent sur les représentations spatiales au cinéma, notamment le cinéma fantastique nord-américain.

Polémiquons.

  • Contrairement à la critique française obnubilée par et inféodée au culte de l’auteur, la presse anglophone, maintream comprise, a été tout à fait lucide à l’égard de Megalopolis. Ainsi, dans The Guardian, la critique Wendy Ide souligne d’emblée la "vacuité criante" du film avant d’asséner le coup de grâce : "[L]e problème principal est un scénario incohérent qui semble fasciné par l’élite monstrueuse que le film s’efforce de dénigrer. Un exemple : le film comporte un épisode où un satellite tombe du ciel, frappant directement la ville et causant sans doute une dévastation et une misère indicibles. On pourrait se dire qu’il s’agit d’un événement important - mais ce dernier est réduit à une simple parenthèse, évacuée en quelques scènes et envisagée, comme l’ensemble de l’histoire, depuis une position privilégiée ancrée au coeur du pouvoir. Pour un film qui ne cesse de parler du bien commun et d’un nouvel avenir utopique, il s’agit probablement du récit cinématographique le moins égalitaire qu’il m’ait été donné de voir. Bien que le film s’abstienne de les décrire comme de vulgaires prolétaires, les rares fois où nous voyons les gens ordinaires de la ville, ils sont en train de regarder avec une crainte muette et empreinte d’incompréhension à travers une clôture, ou alors de s’engager dans une émeute." (https://www.theguardian.com/film/2024/sep/29/megalopolis-review-francis-ford-coppolas-epic-fail).

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