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Du VIIe au XIe siècle, ils étaient explorateurs, commerçants, pillards et guerriers féroces, partis de la Scandinavie pour envahir l’Europe, et notamment la France. Je parle des fiers Vikings bien sûr. Partout, ils ont semé la terreur. Puis leur époque prit fin et ils ont disparu. Sauf un, Manfred (Mads Mikkelsen) dans le film danois The Last Viking de Anders Thomas Jensen. Apparemment autiste, il dépend de son grand frère Anker (Nikolai Lie Kaas). Ils ont été traumatisés par leur père, alcoolique et violent, qui les battait parce que Manfred portait son casque de Viking à l’école, malgré les tentatives d’Anker pour l’en empêcher. Adulte, Anker commet un braquage fructueux. Juste avant son arrestation, il fait promettre à Manfred d’enterrer le magot près de la vieille maison familiale. Cependant, quand il sort après 15 ans de prison, son frère n’est plus Manfred mais John (Lennon). Qui saute de la voiture en marche ou de la fenêtre de l’appartement quand Anker l’appelle encore Manfred. Et qui refuse de révéler où se trouve le magot, quand ils seront – enfin – sur place.
Désolée de ce long « spoiler », mais il est nécessaire pour comprendre comment Jensen voit ses personnages. Anker est une brute à l’état pur, bourré de testostérone et qui n’hésite pas à frapper (fort). Mais qui garde néanmoins une certaine tendresse pour son frère, et le protège comme quand ils étaient petits.
Manfred est le personnage le plus intéressant. Il souffre de problèmes mentaux, notamment d’un trouble dissociatif de l’identité. Il se prend pour John Lennon. Mads Mikkelsen réussit à le rendre très attachant, avec des traits parfois un peu féminins. Mais aussi comiques, comme les autres personnages du film qui eux aussi souffrent de troubles dissociatifs d’identité, y compris le psychiatre qui prétend les soigner.
Toute cette joyeuse bande atterrit dans la maison d’enfance d’Anker et Manfred, aujourd’hui occupée par Margrethe (Sofie Grabøl) et Werner (Søren Malling). Elle fait de la boxe et se croit d’une beauté irresistible. Lui n’arrive plus à créer depuis qu’un accident lui a brûlé le visage. Vers la fin arrive aussi la soeur d’Anker et Manfred, Freja (Bodil Jørgensen). Seuls les personnages féminins, elle et Margrethe, seront victimes de la violence extrême de Flemming (Nicolas Bro), un ancien complice d’Anker qui le poursuit pour récupérer le magot – à tout prix. Malgré ces scènes de violence, comme celles de l’enfance d’Anker et Manfred, c’est une comédie. Burlesque et très drôle. Et poétique, avec des intérieurs rustiques et des paysages brumeux qui reflètent les tourments des personnages.
The Last Viking est comme un vieux conte, une aventure cinématographique sur l’aveuglement, la fraternité et la grâce périlleuse qui naît lorsqu’on ose fouiller la terre à la recherche de vers – ou de la vérité. Jensen dépeint une gamme de personnages masculins très variés. Anker est une brute, mais pas que. Il se soucie véritablement de son frère qui lui, est fragile comme une fleur rare. Le psychiatre veut accomplir une sorte d’expérience, et n’hésite pas à kidnapper des patients qui se prennent aussi pour un des Beatles, pour reconstituer le groupe en guise de thérapie. Il finit par s’avérer – presque – aussi atteint qu’eux. L’un des patients, George/Paul/Bjørn, de type méditerranéen et avec une grosse barbe noire, se rêve en Suédois blond aux yeux bleus. Il est par ailleurs obsédé de l’Holocauste et menace de partir si le sujet est évoqué.
Les personnages féminins sont secondaires. Freja est la sœur fidèle, pas vraiment au courant des violences du père. Margrethe se vante d’une carrière d’ancien mannequin, mais selon Werner elle fut bien courte. Jensen ne s’y attarde pas. Ce qui l’intéresse, par contre, c’est la « normalité ». Qui est normal et qui ne l’est pas ? En prologue, un film d’animation nous raconte qu’à l’époque des Vikings, un grand chef a fait couper le bras de tout le monde après que son fils a eu le sien coupé. Ainsi, n’avoir qu’un bras est devenu « normal ». Dans le récit au présent, passer d’une identité ou d’un rôle à un·e autre est normal. Et le dernier Viking, Manfred/John finit par poser sa hache pour participer au concert.













