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Halina Reijn / 2024

Babygirl [1]


par Geneviève Sellier / lundi 20 janvier 2025

Les contradictions du désir féminin.

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Ce film creuse sa tombe avec une bande-son constamment hurlante qui donne envie de s’enfuir. Pourtant il est intéressant : ce n’est pas si souvent qu’une réalisatrice tente d’explorer frontalement les contradictions du désir féminin, comme le fait la réalisatrice néerlandaise Halina Reijn.

Romy (Nicole Kidman) dirige une entreprise qui conçoit et fabrique des robots qui pourront remplacer les individus pour distribuer les paquets qui sont l’avenir des entreprises type Amazon (des inserts viennent nous rappeler régulièrement l’ordre impeccable qui règne dans le monde des robots). Le film s’ouvre sur Romy en train de faire l’amour, assise sur un homme allongé qu’on comprendra être son mari (Antonio Banderas avec une barbe poivre et sel, très loin de ses rôles sulfureux chez Almodovar). Une fois la chose faite, elle se lève et va dans son bureau pour se masturber en regardant une vidéo porno de soumission. On comprend donc qu’elle a feint de jouir avec son mari. Le lendemain matin on la retrouve en mère aimante préparant les en cas de ses deux filles adolescentes en prenant le petit déjeuner en famille, dans un appartement lumineux typique de la upper middle class. Apparemment heureuse en ménage avec son metteur en scène de mari encore très amoureux, elle a quand même du mal à éteindre son portable d’executive woman.

Marchant d’un pas vif sur un trottoir new yorkais, élégamment habillée de blanc, elle s’arrête pétrifiée à la vue d’un chien noir qui s’acharne sur un homme. Mais un jeune homme intervient et calme le chien avant de le rendre à son maître. Cet incident apparemment insignifiant sera la clé de leur rencontre : Samuel (Harry Dickinson), l’ami des chiens, est recruté comme stagiaire dans l’entreprise dont elle est la patronne, et la choisit comme mentor. Leur première entrevue se termine par un baiser à pleine bouche. La suite est moins convenue. Samuel a compris que Romy a besoin d’ingrédients un peu plus corsés pour pouvoir jouir. Il va alors mettre en scène des scénarios de soumission sur le modèle du rapport du chien avec son maître. On peut admirer la façon dont la réalisatrice filme leur première scène sexuelle, en gros plan sur le visage de Kidman, masquant ce qui se passe dans le bas de son corps, qu’on comprend parfaitement sans avoir besoin de le voir.

Bien que Romy trouve son compte dans ces rencontres, elle crée du fait de son statut social une situation dangereuse où elle peut tout perdre, sa vie de famille harmonieuse et son autorité de patronne. Des grains de sable vont se glisser dans la machine, d’autant plus que le jeune homme s’immisce dans sa vie de famille et entretient d’autres relations amoureuses. Par ailleurs, son assistante Esmé (Sophie Wilde), une jeune Afro-Américaine brillante et ambitieuse, découvre le pot aux roses et la somme de mettre un terme à cette relation.

Quand Romy tente d’expliquer à son mari ce qui lui arrive, il réagit violemment et la chasse. Elle se retrouve isolée dans leur maison de campagne, trainant sa déprime, jusqu’à ce que son amant la rejoigne pour un bain de minuit dans la piscine chauffée en plein air où il fait mine de la noyer… La suite ressemble à du boulevard, avec le mari qui survient et agresse l’amant. Tout ceci devrait très mal finir mais on aura droit à un « happy end » très incohérent avec les précédentes réactions du mari. On peut s’interroger sur cette volonté de colmater les brèches du mariage monogame, ce qui enlève beaucoup d’impact à cette histoire…

Nicole Kidman à l’approche de la soixantaine, est formidable en femme de pouvoir rendue vulnérable par ses fantasmes de soumission. Son jeune amant ami des chiens est tout à fait convaincant et baisable… On peut regretter que le personnage du mari soit bâclé : on a du mal à croire que ce metteur en scène qui monte Hedda Gabler, soit incapable de comprendre les fantasmes de sa femme, et s’en offusque comme un petit bourgeois.

Il faut espérer que les femmes états-uniennes d’aujourd’hui sont un peu moins coincées que la protagoniste de Babygirl, mais on peut apprécier un film qui met aux postes de commande les contradictions du désir féminin.


générique


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