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Les Fantômes d’Ismaël

Arnaud Desplechin / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le mardi 23 mai 2017




Ou l’éloge du narcissisme artiste…

Avec le dernier film d’Arnaud Desplechin, on a la quintessence du cinéma d’auteur, au sens d’un cinéma complètement tourné vers l’auteur lui-même, érigé en centre du monde.

Extrêmement sophistiqué dans sa structure narrative (la critique adore ça), le film raconte les tourments (forcément) d’Ismaël (le père des 12 tribus d’Israël !), un cinéaste, alter ego de l’auteur (évidemment), incarné par un Mathieu Amalric volontairement clochardisé (alcoolique, colérique, incontrôlable – un vrai catalogue des stéréotypes de l’artiste contemporain), que toutes les femmes s’arrachent, bien sûr, et en particulier ici, deux égéries du cinéma français « chic » : Charlotte Gainsbourg et Marion Cotillard.

Le cinéaste en question fait un film sur son frère (encore un alter ego), Yvan Dedalus, incarné par un autre parangon du cinéma d’auteur contemporain : Louis Garrel, ici la boule à zéro (ça lui fait perdre son air de fils de famille, c’est plus sérieux). Le frère en question est lui aussi un être exceptionnel, évidemment : devenu diplomate dans les confins du continent européen dont il parle toutes les langues sans avoir fait aucune étude !

Tout ceci parsemé de références cinéphiliques comme les spectateurs du même nom les adorent : Dedalus et Bloom pour l’élite cultivée qui a forcément lu Joyce, Carlotta pour les adorateurs d’Hitchcock, etc. et surtout le film est truffé de références aux autres films de Desplechin (on est jamais mieux servi que par soi-même !).

Last but not least, l’intrigue principale raconte comment Sylvia (Charlotte Gainsbourg), astrophysicienne solitaire (on a droit à une séquence purement décorative dans un observatoire montagneux), qui est tombée amoureuse du grand homme et s’occupe de lui comme une mère, doit affronter le retour d’un fantôme, la première femme d’Ismaël disparue depuis 20 ans, la fameuse Carlotta (Marion Cotillard). C’est déchirant, parfaitement aléatoire et surtout totalement narcissique : ces deux femmes n’existent que par leur amour pour le génie dont elles nourrissent et guérissent alternativement les tourments…

Si l’on en juge par la critique, unanimement dithyrambique, le narcissisme paye ! Desplechin aurait donc tort de s’en priver… Le public sera sans doute moins enthousiaste, mis à part le petit carré de cinéphiles inconditionnels, mais ça n’a pas d’importance, puisque le « cinéma d’auteur » en France est financé de toutes façons… Et puis c’est tellement sympa d’être entre happy fews !


grr générique


7 commentaires

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  • En fait Ismaël est le fils qu’Abraham a eu avec sa servante, et qui est censé être le père des arabes. Son demi-frère Isaac est, lui, le père de Jacob, dont les douze enfants fonderont les douze tribus...

    • voilà ce que j’ai trouvé sur Wikipédia :
      "Lorsqu’Abraham meurt, Ismaël l’enterre avec Isaac. Ismaël a 12 fils, qui deviennent chefs de peuple : l’aîné Nebajoth, Kédar, Adbeel, Mibsam, Mischma, Duma, Massa, Hadad, Théma, Jethur, Naphisch et Kedma4. Sa fille Mahalath épouse Ésaü, fils d’Isaac, et plaît à ses beaux-parents Isaac et Rébecca5. Ismaël meurt à 137 ans6."
      si c’est faux ça serait bien de le signaler à l’encyclopédie participative...

      En fait, je ne le signalais que pour dire que le prénom du héros le prédestine à un destin hors du commun, ce qui est cohérent avec le narcissisme du film...

  • Chère Geneviève, je pense qu’on peut malheureusement écrire la même chose de tous les films de ce cinéaste et d’une grande partie du cinéma d’auteur français – que l’on s’abstiendra d’aller voir…
    Cordialement,

  • L’énumération des peuples descendant d’Ismaël ne constitue pas les douze tribus.

    Wikipedia :

    "Le décompte des douze tribus d’Israël correspond donc aux douze fils de Jacob, sauf Lévi, les Lévites n’ayant pas de territoire propre, et sauf Joseph qui est remplacé par ses deux fils Manassé et Éphraïm.

    Tribu de Ruben fondée par Ruben
    Tribu de Siméon fondée par Siméon
    Tribu de Lévi fondée par Lévi
    Tribu de Juda fondée par Juda (dont provient la dynastie du roi David)
    Tribu d’Issacar fondée par Issachar
    Tribu de Zabulon fondée par Zabulon
    Tribu de Dan fondée par Dan
    Tribu de Nephthali fondée par Nephthali
    Tribu de Gad fondée par Gad
    Tribu d’Asher fondée par Asher
    Tribu de Joseph fondée par Joseph
    Tribu de Manassé fondée par Joseph, père de Manassé
    Tribu d’Éphraïm fondée par Joseph, père d’Éphraïm
    Tribu de Benjamin fondée par Benjamin "

  • Fan de Mathieu Amalric (désolée), j’aurais aimé polémiquer avec Geneviève Sellier   sur Les Fantômes d’Ismaël, pensant qu’elle avait peut-être été trop dure avec le film. J’avais même trouvé que Un conte de Noël et Trois souvenirs de ma jeunesse ne manquaient pas de charme après les infâmes Comment je me suis disputé... et Rois et reine. et que finalement je pouvais aller voir les films de Desplechin qui peut-être se bonifiaient avec le temps. Mais non ...
    Mis à part le look patibulaire repoussant de Mathieu Amalric, l’abus d’extrêmes gros plans (d’autant plus pénibles sur la pilosité de MA) et l’entre-soi bobo (les artistes torturés qui cherchent des financements ont tout de même de beaux appartements parisiens et une maison à l’île de Noirmoutier), j’ai été outrée par les stéréotypes féminins antédiluviens à l’oeuvre dans ce film.
    Carlotta (Marion Cotillard), c’est le ’mystère féminin’ dans toute son horreur - disparue pendant 21 ans sans motif, revenue sans explication, imprévisible, mortifère (elle est peut-être morte d’ailleurs puisque c’est un ’fantôme’, mais c’est la même chose), infidèle, pleurnicharde (c’est Marion Cotillard donc elle doit pleurer) - mais quand même belle comme tout (c’est Marion Cotillard et on a droit à la voir nue dans toute sa splendeur). Sylvia (Charlotte Gainsbourg), c’est à première vue la femme intelligente - elle est scientifique et a un job sérieux. En revanche, en tant qu’intello au féminin elle doit être un peu sèche, limite ennuyeuse. Comme c’est Charlotte Gainsbourg, elle doit aussi pleurnicher (tout en souriant et en parlant doucement, sa marque de fabrique). Toutes les deux sont unies dans leur désir irrépressible de sauter dans le lit d’Ismaël, même pas rasé. À la fin du film, Sylvia tombe enceinte donc ça prouve qu’elle est une vraie femme malgré son intelligence. Ouf ! L’important c’est qu’Ismaël/Desplechin termine son film.

  • "mais ça n’a pas d’importance, puisque le « cinéma d’auteur » en France est financé de toutes façons…"
    Vous dites ça comme si c’était une mauvaise chose.
    Oui il est financé, et heureusement ! Si certains films ne parlent pas à tout le monde, il y a quand même quelques chefs d’œuvres dans le lot !
    Et puis, le cinéma "grand public", que vous semblez opposer au cinéma d’auteur, est lui aussi (grassement) financé ! Et plutôt deux fois qu’une. Le budget d’un film grand public n’a rien à voir avec (et n’a rien à envier à) celui d’un film d’auteur...

  • Plutôt que "la quintessence du cinéma d’auteur" on a le sentiment que ce film est un produit calibré pour "faire cinéma d’auteur", d’où la lourdeur des clins d’oeil, références et citations à répétition... Le personnage masculin pivot du scénario est un fantoche ... Il n’est pas complexe, mais simplement vague et mou... Ses partenaires, pourtant jolies et de bonnes volonté, n’en tirent rien d’intéressant, ni pour elles, ni pour le spectateur... Le bon accueil critique est effectivement peu compréhensible...