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Les Invisibles

Louis-Julien Petit / 2018
>> Geneviève Sellier  

Publié le samedi 12 janvier 2019




C’est un film non formaté, mi-fiction, mi-documentaire. Il raconte la vie d’une association dont la fonction est l’accueil de jour des femmes sans domicile. Mais chaque soir, elles doivent trouver une place dans un centre d’hébergement, et celui qu’on leur propose est à 50 km...

Certaines squattent donc un terrain vague à côté, d’où les flics viennent les déloger un jour à 5h du matin, en détruisant leurs tentes et leurs pauvres affaires. Pour les animatrices du centre, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Elles décident de les héberger la nuit aussi, en toute illégalité. Et dans la foulée, prenant le contrepied de la doctrine officielle, elles décident de les prendre en charge pour leur permettre de retrouver l’estime d’elles-mêmes, et si possible même, un boulot.

On assiste à des séances très drôles de psychothérapie de groupe sauvage, où chacune est invitée à se débarrasser de ce qui lui pèse sur le cœur, et les animatrices tentent de leur construire un CV à partir de leurs anciennes compétences, réelles ou supposées. Puis elles s’entraident pour améliorer leur « look » et organisent des portes ouvertes dans le grand atelier qui leur sert de salle commune. En prenant leur destin en mains, elles changent de statut : ce ne sont plus des assistées sur lesquelles on pose un regard apitoyé, mais des personnes individualisées avec une histoire, un tempérament, des compétences. En reprenant confiance en elles, elles deviennent « belles ».

Les trois actrices connues (Lamy, Masiero, Lvovsky) qui jouent les animatrices ont un physique et un jeu qui les mettent en phase avec leur rôle et elles sont entourées de toute une troupe de non professionnelles qui donne une crédibilité impressionnante à ces femmes éprouvées par la vie. La caméra les regarde avec empathie et parvient à mettre en lumière la personnalité de chacune, à les rendre belles.

Comme nous ne sommes pas dans un feel good movie, il n’y aura pas de happy end : l’administration finit par apprendre leurs activités « clandestines » et un matin, les CRS sont de nouveau là pour les expulser. Mais cette fois-ci, elles ont repris du poil de la bête et c’est fières, rayonnantes, et en faisant un doigt d’honneur aux forces de l’ordre qu’elles sortent en bon ordre de cette maison commune éphémère qui leur a permis de reconquérir un peu de leur humanité.

Rarement un film aura été aussi en phase avec l’actualité. Même si les « gilets jaunes » ne sont pas des SDF mais des travailleurs pauvres, leur sentiment d’écrasement par le rouleau compresseur d’une administration totalement indifférente au facteur humain et la précarité qui les guette, en font des proches cousins de ces femmes.


grr générique



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