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Le Brio

Yvan Attal / 2017

>> Geneviève Sellier  

Publié le vendredi 24 novembre 2017



avec Daniel Auteuil et Camélia Jordana



Après avoir fait un flop avec Ils sont partout, qui cherchait à montrer que l’antisémitisme était partout, Yvan Attal revient par la fenêtre avec Le Brio, qui vise à montrer que le racisme anti-arabe n’est qu’un malentendu… Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce monsieur a de la suite dans les idées… Et apparemment, cette fois-ci, à en juger par l’accueil de la presse (mis à part les critiques cinéphiles qui n’aiment pas les comédies grand public), il a touché sa cible, sans doute parce que le racisme anti-arabe est une question qui taraude la société française contemporaine plus sérieusement que l’antisémitisme… si l’on en juge par d’autres films récents qui tournent autour du sujet (Cherchez la femme, Le Prix du succès, entre autres).

Qu’est-ce qui fait problème dans la société française d’aujourd’hui ? Que le pouvoir des (plus ou moins) vieux hommes blancs continue à s’exercer dans toutes les institutions, économiques, politiques, culturelles, aux dépens des femmes et des racisé·e·s, et en toute impunité.

Donc autant prendre le taureau par les cornes : soit un professeur d’âge mûr (Daniel Auteuil) qui exerce son pouvoir mandarinal de la façon la plus éhontée dans la fac de droit réputée la plus à droite (Assas), et dont le discours est tellement provocateur et insultant que le président de l’université, mis devant l’évidence d’un enregistrement vidéo, est obligé de le menacer d’un conseil de discipline. La dernière victime de ses insultes, Neïla Salah, une jeune étudiante d’origine maghrébine, va devenir sa punition : il devra l’entraîner bénévolement au concours d’éloquence où elle représentera la fac, pour prouver qu’il a fait amende honorable et éviter les sanctions.

Par un tour de passe-passe comme les (mauvaises) comédies à la française savent en faire, il devient du jour au lendemain un excellent entraîneur et finit bien entendu par en faire la meilleure avocate de sa promotion.

Comme il faut montrer que ce professeur est quelqu’un de sérieux et ne s’amuse pas à coucher avec ses étudiantes, nous la voyons par ailleurs fréquenter un certain Mounir dans la cité de Créteil où elle rentre tous les soirs, dont elle nous apprend qu’il est merveilleux (on ne sait pas en quoi, mais ça évite d’en faire une transfuge sociale, ce qui compliquerait inutilement l’histoire).

À charge pour Camélia Jordana (puisque tel est le nom de scène que cette chanteuse et actrice s’est choisi… sans doute pour éviter la stigmatisation attachée aux patronymes maghrébins dans la « vraie » société française), de montrer à la fois qu’elle est une vraie fille des quartiers (elle parle arabe quand il le faut pour prouver son « authenticité ») et qu’elle apprend vite, grâce au talent de son professeur, à maîtriser la rhétorique qui fera d’elle une avocate brillante. Derrière cette success story, ce qui est en jeu, bien entendu, c’est de démontrer que le racisme anti-arabe n’existe pas dans la société française : ce professeur qui a l’air raciste, c’est juste qu’il est mal embouché parce que personne ne l’aime. Il suffit de le connaître un peu, comme la jeune Neïla, pour s’apercevoir que cet homme est un cœur d’or qui ne demande qu’à aider les étudiant·e·s méritant·e·s des quartiers à devenir des vrai·e·s Français·es capables de « s’intégrer » et donc de réussir. CQFD


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