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Culture du viol / Balance ton film

>> Delphine Chedaleux  

Publié le jeudi 23 novembre 2017



Entretien avec Delphine Chedaleux  , par Mathieu Loewer
Paru dans Le Courrier (quotidien suisse) du 16 novembre 2017


La culture du viol, qui banalise les agressions sexuelles, est aussi véhiculée par le cinéma. Analyse avec Delphine Chedaleux  , dans le sillage des affaires Weinstein et Polanski.


Dans le monde du cinéma et bien au-delà, l’affaire Weinstein provoque un séisme sans précédent. L’impunité dont a longtemps bénéficié le producteur américain, accusé par une centaine de femmes, démontre l’emprise insidieuse de la « culture du viol ». Une notion encore méconnue, désignant « les formes culturelles qui vont banaliser, normaliser et légitimer la violence sexuelle à l’égard des femmes », résume Delphine Chedaleux  , historienne du cinéma et chercheuse à l’université de Lausanne.

Car le septième art y participe généreusement, du traditionnel « baiser volé » à la représentation du viol, très ambiguë. Vous admirez Sean Connery en James Bond ? Vous êtes fan de Stars Wars ou de Godard ? Vos enfants ont adoré Ratatouille ? Alors il est temps de revoir ces films d’un autre œil, et pas seulement ceux-ci... Décryptage avec Delphine Chedaleux  .

Le cinéma contribue-t-il à la culture du viol ?

Delphine Chedaleux   : Pour répondre à la question, il faut d’abord réinscrire le cinéma dans un contexte social plus largement organisé autour d’un système de genre. Le genre catégorise et hiérarchise les individus en deux sexes, masculin et féminin. Loin d’être naturelles, ces normes sont des constructions sociales qui ont pour finalité la domination du masculin sur le féminin, des hommes sur les femmes. Ces rapports de genre organisent fatalement la production cinématographique, où ceux qui détiennent le pouvoir – producteurs et réalisateurs – sont majoritairement des hommes. Ils déterminent aussi l’imaginaire collectif véhiculé par le cinéma, lequel les renforce en retour.

Comme démontré par la théoricienne britannique Laura Mulvey, qui parle de male gaze ?

Ce concept, défini dans les années 1970, reste pertinent aujourd’hui. Selon Mulvey, dans le cinéma mainstream hollywoodien, la représentation des femmes est façonnée par un triple regard masculin : celui du réalisateur, du personnage et du spectateur. Les hommes sont le sujet de ce male gaze et les femmes – les personnages féminins incarnés par les actrices – en sont l’objet. Ils regardent et elles sont regardées.

Le concept s’applique au monde de l’image en général, de manière évidente dans la publicité. Il a toutefois été rapi¬dement critiqué par les féministes et nuancé par Mulvey elle-même, parce qu’il ne prend pas en compte les spectatrices, réduites ainsi à une position aliénée ou masochiste. Or elles éprouvent pourtant du plaisir à aller au cinéma ! Les recherches féministes ont depuis montré qu’il existe en fait des personnages féminins complexes ou dissonants, même dans les films qui véhiculent des normes patriarcales et entérinent la domination masculine.

Comment se manifeste la culture du viol à l’écran ?

De façon très banale, à travers l’absence de consentement et sa négation. Les femmes commencent par dire non, puis finissent par succomber au héros qui, en insistant, parvient toujours à obtenir ce qu’il veut. La figure canonique est celle du « baiser volé ». Elle est partout. On cite habituellement des films hollywoodiens, mais c’est dans le cinéma d’auteur qu’on trouve les formes les plus explicites, extrêmes et dérangeantes de la culture du viol.

Prenez À bout de souffle de Godard. Il y a une scène d’un quart d’heure, dans une chambre d’hôtel, où Belmondo harcèle Jean Seberg jusqu’à ce qu’elle cède. C’est un concentré du film, construit sur son désir de coucher avec elle. Or la réception critique du cinéma d’auteur, qui ne prend jamais en compte la signification sociale des films et se concentre sur l’esthétique, redouble la violence des images. Le cinéma participe donc à sa manière à la culture du viol, avec un impact populaire dans le cas du cinéma dit commercial ou mainstream, et intellectuel pour le cinéma d’auteur, qui est socialement valorisé, légitimé par la critique, enseigné dans les écoles et les universités.

Comment décoder ces scènes, où l’agression est souvent vue comme de la séduction ?

Derrière l’absence de consentement, il y a l’affirmation du pouvoir masculin. À l’inverse, les femmes qui ont la maîtrise de leur sexualité sont présentées comme une menace pour les hommes – c’est l’archétype de la femme fatale. Les genres cinématographiques connotés comme masculins se prêtent tout particulièrement à ces représentations : action, policier, espionnage, etc. Il me semble que la comédie est souvent plus intéressante : en jouant sur la « guerre des sexes », particulièrement dans le cas de la screwball comedy, elle thématise la question des rapports de pouvoir et montre la résistance des femmes, quand bien même celles-ci se soumettent finalement à l’ordre patriarcal. Il faut toutefois toujours contextualiser les représentations, qui évoluent au fil des reconfigurations des rapports de pouvoir entre femmes et hommes.

Justement, comment faire évoluer ces représentations ?

Il y a plusieurs leviers d’action. D’abord, la lutte contre les discriminations. Les films réalisés par des femmes – environ 20 % de la production française – ne sont pas forcément féministes, mais les personnages féminins y ont plus de place, sont plus souvent le sujet du regard et du récit. Les très fortes discriminations existant dans le cinéma ont toutefois un effet sur ces représentations : en s’intéressant aux réalisatrices françaises, Geneviève Sellier   s’est aperçue que leur premier long métrage thématise la question des rapports de genre, alors que les suivants se fondent davantage dans le moule du cinéma d’auteur à la française. En se professionnalisant, elles lissent leur discours. Pour rester dans la course, elles doivent en effet se conformer à la norme, éviter le stigmate du féminin, voire du féminisme.

L’autre levier, c’est la critique. Des revues comme les Cahiers du cinéma, Positif ou Télérama, et les grands quotidiens, par leur pouvoir prescripteur, exercent une influence importante. Là encore, ce sont en majorité des hommes, formés à la doxa de la cinéphilie française, à savoir la « politique des auteurs », qui privilégie l’esthétique sans inscrire les œuvres et leurs créateur·trice·s dans un contexte social ou historique. Les critiques féministes trouvent un espace d’expression sur internet, mais le rapport de force leur est encore très défavorable.

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Analyse

Le viol filmé : une irréductible ambiguïté
Exposé dans des scènes chocs ou réduit à une simple péripétie, le viol échappe rarement aux représentations problématiques.

Les violences sexuelles sont fréquemment banalisées au cinéma, mais qu’en est-il lorsque le viol est avéré ? Naïvement, on pourrait penser qu’il est toujours condamné. Pas forcément, corrige Delphine Chedaleux  . « Dans Parle avec elle de Pedro Almodóvar, où un infirmier abuse d’une femme dans le coma, il n’est pas désigné comme une agression. Et on ne peut pas dire qu’elle soit consentante... » L’acte est en effet sublimé via un pastiche de film muet. Poétique et subversif, selon la critique.

Heureusement, à première vue, les films qui abordent le sujet dénoncent un crime. « Mais condamner, ce n’est pas nécessairement développer un point de vue féministe ou un discours critique », souligne l’historienne du cinéma. Bien ancrée dans l’inconscient collectif, la culture du viol affecte sa représentation. À commencer par l’archétype du violeur : « Un malade mental ou un être monstrueux, dans tous les cas un individu auquel on ne peut pas s’identifier. Or dans la vie, les violeurs sont aussi des hommes ordinaires. » Et la victime, toujours sexualisée et volontiers dévergondée, n’est-elle pas un peu coupable de ce qui lui arrive ?

Quant au spectacle du viol, il est filmé frontalement dans des séquences jugées insoutenables, ou trahissant une complaisance malsaine. Esthétisé ou érotisé, jusqu’à insinuer que la victime y prendrait plaisir, il reste défini par le male gaze. Delphine Chedaleux   cite en exemple L’Amant double de François Ozon ou Elle de Paul Verhoeven : « Ce dernier banalise le viol en l’esthétisant, en le montrant de manière répétée sous différents angles. Et la victime en redemande parce qu’au fond elle aime ça ! C’est une vision complètement fantasmatique du viol et de ses conséquences, qui ne correspond en rien à la réalité vécue par les femmes. »

Option esthétique opposée, le réalisme brut permettrait-il alors de montrer toute l’horreur de l’outrage ? À l’image du long plan-séquence tourné par Gaspar Noé dans l’éprouvant Irréversible. « Le mythe qui entoure ce film en dit long sur la frontière dangereuse avec laquelle jouent certains réalisateurs. Il y a une fascination-répulsion assez caractéristique de l’ambiguïté liée à la représentation du viol, filmé généralement de façon crue ou sadique », estime la chercheuse. Ces scènes, cadrées en plan large, assignent d’ailleurs au spectateur la place du témoin passif ou du voyeur.

En somme, aucun cinéaste ne parviendrait à éviter ces travers. Même Les Accusés de Jonathan Kaplan, film de procès aux intentions louables, peine à y échapper. Jodie Foster interprète une serveuse violée dans un bar qui poursuit en justice ses agresseurs. Or le suspense réside autant dans le verdict du tribunal que dans le dévoilement progressif de la scène du viol, découpée en flash-backs disséminés tout au long du film, jouant ainsi sur le voyeurisme frustré du spectateur.

On peut pourtant montrer le viol d’un point de vue féministe, selon Delphine Chedaleux  . « Ce n’est pas seulement la manière dont on le filme, mais dans quel récit on l’insère. Que ce ne soit ni un événement anodin, ni un fantasme de psychopathe croisé au coin de la rue, mais qu’il soit décrit comme un acte violent inscrit dans des relations de pouvoir. » Comme dans Boys Don’t Cry de Kimberly Peirce. « C’est un film culte dans les milieux féministes et LGBT, où la scène se déroule dans une voiture. Hilary Swank incarne une lesbienne butch – à l’apparence masculine. Elle se fait violer parce qu’elle est sexuellement ’déviante’ : c’est une façon de la remettre ’dans le droit chemin’. Dans ce contexte, l’acte est montré comme une prise de pouvoir sur cette femme qui déroge aux normes hétérosexuelles. »

Seulement, voilà : le viol est bien souvent réduit à un élément dramatique liminaire, qui sert surtout de moteur à l’intrigue. « Il est utilisé comme un ressort narratif. Ce qui participe de sa banalisation, puisqu’il n’est pas traité comme un événement à part entière. » Dans le western ou le polar, il motive une vengeance accomplie par un personnage masculin ou féminin. Ce motif maintes fois revisité constitue d’ailleurs un sous-genre, baptisé rape and revenge (viol et vengeance), qui essaime du cinéma d’exploitation au film d’auteur. Peut-on parler d’œuvres féministes, quand la victime affronte son agresseur ? N’exagérons rien. Delphine Chedaleux   concède que, dans Elle encore, « Isabelle Huppert incarne certes un personnage de femme forte, qui d’une certaine manière se réapproprie la violence subie ; on peut aussi le voir comme cela ».

Certains films sont sans équivoque, à l’instar du Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci, dont l’actrice Maria Schneider a enduré une agression sexuelle bien réelle sur le plateau. D’autres recèlent des paradoxes insolubles : « Thelma et Louise, où un homme est tué après une tentative de viol, témoigne des ambivalences et contradictions du cinéma hollywoodien. Son statut de film féministe est contesté en raison de son aspect punitif. Ces deux femmes vont mourir, il n’y a pas de fin heureuse possible. Et elles sont poursuivies par le policier que joue Harvey Keitel, une figure paternaliste à laquelle on s’identifie. »

Enfin, au-delà du viol, peu de films s’intéressent réellement aux agressions sexuelles envers les femmes. L’Affaire Josey Aimes de Niki Caro, qui relate un célèbre cas de harcèlement porté devant la justice, est l’un des rares à empoigner ce sujet. Alors que Harcèlement opère une douteuse inversion des rôles : un homme est accusé à tort par une supérieure qu’il a éconduite.

« On peut aussi penser à Gone Girl de David Fincher, où une épouse piège son mari en le faisant passer pour un assassin. C’est un renversement de la violence domestique qui, dans l’écrasante majorité des cas, est tournée contre les femmes. Il appartient à une vague de films masculinistes qui, en réaction au discours féministe, désignent les hommes comme victimes des femmes, et réactualisent la figure de la femme fatale. » Preuve, s’il en fallait, que les résistances sont tenaces.

L’homme et le créateur, ou l’« impunité artistique »

 « Ces dernières années, vous avez tourné beaucoup de films en Europe alors que vous n’êtes même pas condamné pour viol aux États-Unis. » Cette mauvaise blague (allusion à Roman Polanski adressée à Woody Allen), lancée à la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes 2016, le comédien Laurent Lafitte oserait-il encore la faire aujourd’hui ? C’était avant l’affaire Weinstein et les révélations qui se succèdent depuis dans la presse, avant la déferlante des#balancetonporc et #metoo sur les réseaux sociaux. Les crimes sexuels, dans le sérail du septième art, on pouvait alors en rire – ou s’indigner qu’on importune ainsi des artistes respectés !

Le vent commence à tourner. En témoigne la polémique actuelle autour des rétrospectives Polanski et Brisseau à la Cinémathèque française. Le 30 octobre, le premier était accueilli par une manifestation féministe. Quelques jours plus tard, l’hommage au second était reporté. Poursuivi par la justice américaine pour le viol de Samantha Geimer en 1977, Roman Polanski n’a pas vu sa carrière compromise. Souvent honoré et primé, il était encore désigné président de la cérémonie des Césars en janvier (avant d’y renoncer) et présentait son dernier film en octobre au Festival de Zurich – où il avait été arrêté en 2009. Idem pour Jean-Claude Brisseau, condamné deux fois pour harcèlement et agression sexuels sur trois actrices, et lauréat du Léopard d’or au Festival de Locarno en 2012.

Harvey Weinstein s’est vu licencié de sa propre compagnie de production, puis radié de l’Académie des Oscars et du Syndicat des producteurs américains dans le mois qui a suivi les premières accusations de viol et de harcèlement. Or en France ou en Suisse, les personnalités du septième art peuvent compter sur la solidarité à toute épreuve de la profession. Une « impunité artistique » qui dénote, selon Delphine Chedaleux  , « une forme de mépris de classe, particulièrement en France, où les auteurs de violences sexuelles sont traités différemment en fonction de leur statut social. On retrouve ce phénomène en politique, avec par exemple les affaires DSK ou Denis Baupin. »

L’humoriste Blanche Gardin le relevait aussi dans son sketch aux Molières : « C’est bizarre cette indulgence qui ne s’applique qu’aux artistes. On ne dit pas d’un boulanger : ’Oui, d’accord, c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil mais bon, il fait des baguettes extraordinaires !’ » Ou comment disqualifier en une vanne l’argument avancé notamment par la Cinémathèque française – il faut distinguer l’homme et l’œuvre. En invitant Polanski, ce n’est pas seulement son œuvre que l’institution défend : « D’un point de vue éthique et politique, honorer un agresseur sexuel est un message très grave envoyé aux victimes qui n’osent pas porter plainte. Ces hommes restent impunis, mais en plus on leur déroule le tapis rouge. Ce soutien des pairs représente une protection puissante. »

Delphine Chedaleux   pointe aussi l’héritage de la tradition cinéphile à la française : « La rétrospective Polanski est l’illustration d’un rapport de force entre deux visions du cinéma : un art désincarné produit par des ’génies’ détachés de toute réalité sociale, versus un média diffusant massivement des normes et des représentations collectives qui sont le produit de l’ancrage social, historique, politique et aussi genré des producteur·trice·s, scénaristes, réalisateur·trice·s, etc. Il y a une forme de ringardise de cette institution, complètement aveugle à ce qui se passe autour d’elle, accompagnée d’un antiféminisme tenace. On a pu le voir dans l’argumentaire déployé par son directeur pour justifier le maintien de la rétrospective. On observe là une attitude réactionnaire de la part d’une élite intellectuelle et masculine qui défend son pré carré. »

Une cinéphilie au masculin, qui participe à la culture du viol en banalisant les « anecdotes » sur les cinéastes maltraitant leurs actrices – de Hitchcock martyrisant Tippi Hedren sur le tournage des Oiseaux à Kechiche filmant durant dix jours la fameuse scène de sexe de La Vie d’Adèle. « C’est un ’geste artistique’ qui fait partie de la mythologie de l’auteur, qui relève du génie créateur. Sous prétexte que la fin justifie les moyens, le discours de la critique légitime ces abus de pouvoir. »

Que faire alors de l’œuvre de ces cinéastes ? « Le discours féministe ne se place pas sur le terrain de la censure ou de la morale. Il ne s’agit pas d’interdire les films de Polanski, mais il y a une différence entre montrer les films en les accompagnant d’un discours critique, et honorer leur réalisateur », précise la chercheuse. Ne pas condamner l’œuvre, comme le souligne Frédéric Maire (lire ci-contre), mais la revisiter. « Le viol est obsessionnel chez Polanski, ce qui incite à revoir ses films sous cette lumière. La scène de Rosemary’s Baby où Mia Farrow se fait violer par une entité diabolique, on ne peut plus la voir de la même manière... »

« IL NE FAUT PAS CONDAMNER L’ŒUVRE »

Directeur de la Cinémathèque suisse, Frédéric Maire réagit à la polémique : « Comme l’a rappelé la ministre française de la Culture, Françoise Nyssen, ’il ne faut pas condamner l’œuvre’. À savoir que si l’on renonce à montrer les œuvres de tous les artistes qui ont commis des crimes, sexuels ou autres, on devrait alors décrocher nombre de tableaux dans les musées, bannir de très nombreux livres et ne plus montrer les films de nombreux cinéastes, de Chaplin à Polanski en passant par Woody Allen et tous les films produits par les sociétés des frères Weinstein. Il faut que les crimes soient punis, mais c’est l’affaire de la justice. Cela dit, suite aux polémiques autour de Polanski au moment des Césars – et de sa possible venue à Locarno ! –, je pense que, à la place de nos collègues français, j’aurais aimablement suggéré à Roman Polanski d’annuler sa venue pour la première du film, afin de garder l’attention sur l’œuvre, et moins sur la célébration de l’homme. »


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  • Bonjour,

    Que penser d’un film comme "La Leçon de Piano" ?

    Comme beaucoup, j’ai longtemps aimé ce film. L’histoire, la musique, la photographie, le jeu d’Holly Hunter et ce personnage de "strong female character", en plus réalisé par une femme, et qui en plus remporte une palme d’or, la première de l’histoire !

    Puis quelque chose m’a beaucoup gêné quand je l’ai revu et ça m’a vraiment sauté aux yeux : je me suis rendue compte que le premier rapport entre Ada et Baines était ni plus ni moins un viol, suivi d’un chantage sexuel (Ada récupère son piano touche par touche). Battue par son mari, trahie par sa propre fille (bel exemple de solidarité féminine), reniée par sa communauté, Ada est bien malmenée par le scénario, qui la prive de voix et de capacité d’agir... Scénario qui évacue complètement la question du viol commis par Baines sur Ada, puisqu’ils tombent amoureux.

    Je trouve problématique la couverture médiatique qui accompagne la sortie en salles de la version restaurée du film, des médias comme Télérama allant même jusqu’à parler d’un "éveil brutal à la sensualité".

    Comment expliquer "l’impunité" dont jouit ce film dans les médias et pour le public, alors qu’il contribue clairement à la culture du viol ?